Pina de Wim Wenders : réussir sa folie

Ceux qui ont eu la chance de découvrir les spectacles enchanteurs de la chorégraphe allemande Pina Bausch (1940-2009) avant sa mort connaissent leur chance. Ce fut mon cas grâce à l’invitation de Françoise Attali lors de mon arrivée à Paris il y a quelques années, désargenté et effrayé par une ville où les hommes sont près à égorger leur voisin et sa famille pour une place assise dans le métro.

Wim Wenders, qui fut le plus grand cinéaste du monde, a filmé la troupe du plus grand mythe de la danse, dont l’influence considérable se ressent bien au-delà de son art puisque Fellini et Almodovar l’ont filmée. Le théâtre, la danse, les arts de la rue, le cinéma et sans doute la peinture ne se sont pas remis de son Tanztheater, le nom de sa troupe, théâtre danse.

Il est bien difficile de faire comprendre les vibrations du spectateur face à une chorégraphie de Pina Bausch : il retourne dans la chambre chaude de l’enfance, se met en colère contre la bureaucratie ou la violence exercée par les positions de pouvoir, s’émoustille devant la sensualité des corps ou fond en larmes devant tant de beauté. Wim Wenders picore dans les grands spectacles de la compagnie, de Café Müller, qui la fit connaître en 1978, à Vollmond (“pleine lune”), l’un de ses derniers et plus beaux spectacles. Café Müller pour Heiner Müller, le dramaturge est-allemand, comme elle héritier de Bertolt Brecht qui s’est demandé ce que l’homme allait pouvoir faire de son corps au siècle où les machines ont acquis la possibilité d’éradiquer l’espèce humaine et de le remplacer.

Pina Bausch a tout demandé au corps comme le rappelle le film, sans ménager le sien : “tu dois être encore bien plus folle” dit-elle à une danseuse, “tu dois me faire peur”, dit-elle à un autre danseur. François Tosquelles disait que “les fous que l’on met des malades mentaux sont des types qui ont raté leur folie.” Notre société, obsédée par la norme et ses transgressions, a donné peu de places aux fous. L’art en est une. Wim Wenders filme trop poliment la geste de cette grande dame, mais l’on pourra s’initier par moments à ce beau rêve mélancolique et exténuant en forme de la danse ou la vie.

PINA (3D) : BANDE-ANNONCE par baryla

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