Robert Mitchum est mort : debout les morts !

Il y a deux méthodes possibles avec les morts : les enterrer pour faire table rase du passé, ou les soulever pour les ressusciter et les forcer à vivre avec nous. Olivier Babinet et Fred Kihn ont passé six ans d’après les dires du premier à écrire et réunir les fonds pour ce road-movie mélancolique et européen en hommage aux films noirs, aux films de vampires d’Universal et au cinéma tout court, Robert Mitchum est mort, poème kaurismakien jusque dans sa superbe photographie due au chef-opérateur du maître finlandais.

L’histoire peut sembler mince pour une obsession aussi longue : l’agent (Olivier Gourmet) d’un acteur de seconde zone (Pablo Nicomedes) fait traverser l’Europe à son protégé jusqu’en Norvège pour lui faire rencontrer un cinéaste américain en fin de carrière. Ils croisent comme dans un film de Lynch un musicien de psycho-billy sans-papier (Bakary Sangaré, acteur de Peter Brook et du Français), une jeune étudiante polonaise charmante au regard mélancolique (l’étonnante Ewelina Walendziak), une femme polonaise amoureuse en quête d’aventure (Danuta Stenka vue notamment dans Katyn de Wajda)…

Je voulais envisager l’Europe comme les Etats-Unis, on passe entre les Etats, il n’y a plus trop de frontière, le paysage est uniformisé par les ronds-points et les bâtiments standardisés” raconte Olivier Babinet venu servir le ponch au Ciné 104 qui honore jusqu’en juin les anciens lauréats du Festival Côté Court passés au long-métrage pour fêter la vingtième édition de la sauterie annuelle (avec cette année notamment, une rétrospective des films du plasticien Xavier Veilhan, cours, cours, Mota).

Dans un monde où “tout est culturel” dirait Yves Ansel, les cinéastes mélangent les rockabillys et les films de série Z, Kaurismaki, Lynch et Jarmusch. Ce qui ne veut pas dire que tout cela se vaut, comme tentent de nous le faire croire les papes satisfaits du relativisme culturel. Le fait que Marcel Proust s’intéressait aux publicités pour le savon et Robert Bresson aux James Bond ne signifie pas qu’ils plaçaient leurs hobbies au même niveau que ce que leurs inspirent les plus grandes oeuvres d’art. Olivier Babinet est l’enfant d’une génération qui a le sentiment d’être née trop tard, s’invente des anti-héros qui oscillent entre le narcissisme (Olivier Gourmet), l’usure (ici Pablo Nicomèdes qui semble venir d’outretombe comme Johnny Depp dans Dead Man, “à quoi bon s’emmerder” disait le personnage du photographe dans Uzak de Nuri Bilge Ceylan face à une belle photographie qu’il n’avait pas le courage de faire) et le bricolage à la manière de Gondry (Bakary Sangaré qui bricole sur un synthétiseur/N’Goni). Comment trouver une place dans cette vieille Europe à la mythologie envahissante ? Olivier Babinet et Fred Kihn nous invitent à découvrir la beauté triste d’un hôtel minable situé à côté d’une centrale nucléaire, le plaisir de filmer des remakes de film noir avec de belles femmes aimantes et à rechercher les derniers terres vierges d’un monde balisé. Robert Mitchum est mort, les vendeurs de consoles peuvent bien ricaner, le cinéma n’a pas encore trouvé un remplaçant d’une telle puissance mythologique.

Robert Mitchum est mort d’Olivier Babinet et Fred Kihn, avec Olivier Gourmet, Pablo Nicomedes, Bakary Sangaré, Danuta Stenka, Ewelina Walendziak. Sortie le 13 avril 2011.


ROBERT MITCHUM EST MORT : BANDE-ANNONCE par baryla

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