Tous les soleils de Philippe Claudel : le rêve d’Icare

On commence par aller voir un professeur d’archéologie qui court après des nazis, puis des documentaires sur le Soudan en fronçant les sourcils et en citant pompeusement Bourdieu et Deleuze, avant d’aller voir l’histoire d’un père italien amoureux de sa fifille à Strasbourg, faut laisser faire et c’est très bien. La grève entamée par Cinéma dans la Lune la semaine dernière pour protester contre les films sous-produits, sous-écrits, sous-filmés et sous-joués qu’on nous impose avant Cannes prend fin avec ce joli poème familial.

L’écrivain Philippe Claudel raconte avec Tous les soleils son second film (nous avons boycotté son premier, Il y a longtemps que je t’aime, en raison d’une promotion grossière qui montrait de “vrais gens” disant qu’on ne pouvait pas ne pas aimer ce film) l’histoire d’un professeur de musicologie qui s’est retenu à sa fille pour ne pas plonger après la mort de sa femme. Incapable de refaire sa vie, il a même accueilli son frère réfugié politique en France depuis la première élection de Berlusconi.

Philippe Claudel réunit les ingrédients de la comédie sociale à la Sautet (les poètes quinquagénaires autour de la maison de campagne, le vin et les belles femmes) et de la comédie politique à la Nanni Moretti avec l’excellent Stefano Accorsi qui a pris les tics de son compatriote neurasthénique. Dans certains des plus beaux passages du film, le professeur lit des livres aux malades à l’hôpital, notamment la belle Anouk Aimée dont le personnage est peu à peu emporté par la maladie. Mais notre dépressif entouré des morts est bientôt secoué par sa fille de quinze ans qui découvre l’amour, l’activisme politique de son frère et la belle Clotilde Courau surgie d’un enterrement.

Voilà des hommes bien innocents qui dansent sur leur table en cours, rêvent de l’exil de Berlusconi au Paraguay comme un dictateur du Maghreb, cuisinent des gnocchis à leur fille, chantent dans leur voiture et entre amis. Ils ne changeront pas la face du monde, mais leur utopie est la seule chose par laquelle le monde ne ressemble pas une mécanique parfaitement huilée.

PS : en raison du nombre presque inquiétant de recherches du poème lu et chanté dans Tous les soleils par Stefano Accorsi, je me dois d’une réponse : il s’agit de Silenziu d’amuri du poète sicilien d’Alfio Antico, enregistré par la formation L’Arpeggiata (filmée et entendue dans le film) dans son album La Tarantella.


‘Tous les soleils’ réalisé par Philippe Claudel par Zoomin_France

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