Ma part du gâteau de Cédric Klapisch : le trader tradouillé

C’est l’une des plus vieilles recettes du cinéma et de la morale, l’arroseur arrosé car il est bien connu qu’on est puni par où l’on a péché. Cédric Klapisch, cinéaste de gauche qui utilise souvent le divertissement pour glisser une critique sociale et antiraciste, se sert avec La part du gâteau d’une trame de comédie hollywoodienne (la rencontre de deux extrêmes, un trader londonien et une ouvrière dunkerquoise au chômage devenue femme de ménage du premier) pour un film politique, en colère, portrait du cirque financier qui régit le monde et a fait la preuve de son fonctionnement onaniste et satisfait depuis la crise dite des subprimes de l’automne 2008.

C’est Karin Viard et Gilles Lellouche qui s’y collent, la première prolétaire débordée au milieu de ses trois filles, ébahie devant la gymnastique financière du second, lequel trouve ici son meilleur rôle. Ca commence comme chez les frères Dardenne voire Bruno Dumont avec ses gueules du nord et le gris du ciel, l’accent que l’on ne présente plus, la course après le fric et les tentatives de suicide.

Ca continue comme du Klapisch avec ses comédiens fétiches, l’excellent Zinédine Soualem que l’on rêve de voir bientôt pour un rôle sérieux dans La proie d’Eric Valette, et le britannique Kevin Bishop de L’auberge espagnole et Les poupées russes, ici trader cynique et bien peigné. Le cinéaste excelle dans l’incapacité des Messieurs à aimer la bonne personne ou à aimer tout court, pris qu’ils sont dans leur rêve de puissance (les scènes touchantes avec la mannequin Marine Vacth), dans la construction de petits projets qui prennent une dimension biblique (négocier le bon tarif pour que Karin Viard devienne la nounou du trader), et dans la représentation des joies populaires sans l’arrogance du regard sociologique de certains autres cinéastes : il sait comme Zola dans Germinal le plaisir avec lequel le peuple dévore le peu qu’on lui reste, et le désert des fêtes people.

Le film parfois trop didactique devient finalement dérangeant lorsqu’il évite l’écueil qui semblait inévitable pour un tel projet, le rapprochement de ses héros, le changement de la brute satisfaite en humaniste dans un monde qui n’aurait pas changé depuis le père Platon selon lequel nul ne commettrait le mal volontairement. Klapisch filme un salaud comme un salaud, un homme à qui tout réussit et que nous ne pouvons nous empêcher d’envier comme le Dom Juan de Molière, béant de cynisme, le droit avec lui, que seule notre mythologie révolutionnaire peut arrêter.

MA PART DU GÂTEAU : BANDE-ANNONCE de Cédric… par baryla

One thought on “Ma part du gâteau de Cédric Klapisch : le trader tradouillé

  1. Le film fait froid dans le dos. je viens juste de le voir, et je suis atterrée parce qu’en fait c’est tellement vrai, ce cynisme avec lequel les traders “dézinguent” les entreprises d’un clic sur leurs maudits ordinateurs,mettant des centaines de gens au chômage. Oui, froid dans le dos. Il faudra que ça s’arrête un jour, ce massacre de l’homme par l’homme au nom du pognon.

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