Fighter de David O. Russell : le cinéma de la revanche sociale

Quelle puissance que ce cinéma en colère qui vous hurle à l’oreille que non, vous n’êtes pas obligé d’être enfermé dans votre condition et votre quotidien, que vous pouvez vous soulever et cracher à la face de ceux qui vous ont ricané au nez. Comme on comprend le public qui préfère si souvent le câlin violent du cinéma hollywoodien au chant mélancolique de la tragédie européenne qui se joue depuis 2500 ans, en ayant habilement changé de nom au fil du temps en destin (Sophocle), classes sociales (Marx), inconscient (Freud), habitus (Bourdieu), etc.

Que l’on ne se méprenne pas ! Nous ne faisons pas l’éloge des films imbéciles qui excitent les passions nauséabondes ou moralisatrices qui permettent à un individu de se tirer d’un faux pas, tel le récent 127 heures, biopic d’un aventurier dont la morale nous dit qu’il aurait mieux fait de prévenir ses amis et sa maman lorsqu’il est parti crapahuter dans le Colorado. A côté, il y a The social Network, revanche d’un nerd autistes des classes moyennes sur deux héritiers WASP pour créer le plus grand réseau social du monde, il y a aujourd’hui Fighter de David O. Russell, cinéaste jusqu’à présent surestimé, qui prouvait déjà avec Les rois du désert l’incapacité du cinéma hollywoodien à filmer les Arabes, les Irakiens, comme des êtres humains.

Fighter est porté très haut par ses interprètes bien sûr, l’immense acteur Christian Bale, effrayant ici en boxeur déchu et camé, se prenant pour une star hollywoodienne lors de la diffusion d’un documentaire de HBO sur sa chute alors qu’il est en prison, avant d’être terrorisé par l’image que renvoie de lui le cinéma “objectif” : un misérable beauf violent, un plouc blanc qui a craqué au moment où la réussite lui tendait les bras, une victime de plus du syndrome de l’échec ou de la grande difficulté à assumer la richesse lorsqu’on n’est pas né dedans. Les scènes où Christian Bale se jette de la fenêtre de la maison de crack où il s’est réfugié, pour tomber dans des sacs poubelles, sont parmi les plus impressionnantes de ce début d’année.

Et puis il y a Mark Wahlberg dans le rôle du champion de boxe Micky Ward, frère du premier, acteur solide, masse prolétaire sans vulgarité à la manière de Matt Damon, qui espère bien sortir de la crasse de Lowell, Massachussets et quitter sa mère castratrice (l’impressionnante Melissa Leo). Contrairement à une habitude du cinéma de boxe de Robert Wise (Nous avons gagné ce soir) à Martin Scorsese (Raging Bull) en passant par Sylvester Stallone (Rocky) , David O. Russell ne rend pas ses héros mythologiques. Il appelle un chat un chat (beaver) et filme la mère et les sept soeurs du héros pour ce qu’elles sont : des harpies possessives et jalouses, prêtes à exterminer la nouvelle amie de leur frère qui rêve d’ascension sociale en forçant Micky à couper le cordon.

Comme dans Titanic, la fin du film est connue dès le début puisque nous parlons bien d’un champion, mais ce cinéma jubilatoire n’a pas peur des scènes de genre par lesquelles un éclopé rend les coups, des matchs de boxe tournés en vidéo pixellisée, comme une mauvaise vidéo Youtube, où après avoir donné l’illusion de la faiblesse, le boxeur met ses adversaires au tapis. L’histoire d’un homme qui apprend à pleurer disait Bazin d’Anthony Quinn dans La strada, et quand Christian Bale vole la vedette, Fighter devient l’histoire d’un homme qui s’accorde le droit de pleurer en public.


FIGHTER : BANDE-ANNONCE VOST Mark Wahlberg… par baryla

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