Winter’s bone de Debra Granik : Alice au pays des ploucs blancs

On les avait oubliés ceux-là avec leurs caravanes, leur hardcore ou leur hip-hop à fond les bébés dans les bras, rêvant d’armes à feu, de vendettas et de violence sur les femmes, et il a fallu la plus grande crise économique depuis 1945 pour qu’ils réapparaissent dans le cinéma américain car après tout comme disait le père Proust, “on devient moral quand on est malheureux.”

Ree Dolly est l’une d’elles, Mademoiselle Courage du Missouri, qui du haut de ses dix-sept ans est occupée à élever ses deux petits frères et soeurs depuis la disparition de leur père et l’enfermement de leur mère dans la folie. Le père justement, petit trafiquant de méthadone, a hypothéqué le domicile familial pour être libéré. La jeune fille part à la recherche de cette brute en remontant le fil des connaissances et du sang, dans l’univers gris de la campagne du Missouri, en plein hiver, dans la solitude du Middle West, loin des rêves des grandes villes et des emplois industriels ou tertiaires, proche de l’univers du grand écrivain Cormac McCarthy. Et puis si le père est mort comme le laissent imaginer ses mauvaises affaires, il faut retrouver le corps pour sauver la maison…

Il n’est pas étonnant de voir la réalisatrice Debra Granik citer les frères Dardenne parmi ses références tant son cinéma épuré rappelle l’esthétique des frères belges, grise, à hauteur d’hommes qui se battent comme des dieux pour avancer de quelques centimètres. Elle a trouvé en Jennifer Lawrence, révélation de l’indigeste Loin de la terre brûlée, une interprète à hauteur de son rêve, aux portes de l’âge adulte, objet de désir, de convoitise et de pitié. Le reste du casting est impressionnant, notamment John Hawkes dans le rôle de son oncle, de la série Deadwood, et Garret Dilahunt, l’une des gueules de mes frères Coen.

Nous avons le choix ces derniers temps en deux versions opposées de la survie aux Etats-Unis, une épopée béate du dépassement de soi et du besoin d’autrui chez Danny Boyle qui raconte l’histoire vraie d’un homme qui s’est coupé le bras pour s’échaper d’un ravi dans 127 heures (morale : dis toujours à ta maman où tu pars), une Americana dans Winter’s bone sans morale, pour les enfants qui en ont pris plein la gueule, ceux sont qui se sont relevés et ceux qui n’ont pas eu cette chance.

WINTER’S BONE : BANDE-ANNONCE VOST

envoyé par baryla. – Regardez des web séries et des films.

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