Somewhere : la détresse morale, dernière trouvaille des petits couturiers

Il convient de bien distinguer le mauvais film de droite du mauvais film de gauche. Le mauvais film de droite vous explique par exemple comme Invictus de Clint Eastwood que l’Apartheid, ce n’était pas grave du tout car tout s’est réglé en Afrique du Sud avec une victoire du pays en Coupe du Monde de rugby. Le mauvais film de gauche comme Somewhere s’attarde sur des stars riches qui s’ennuient dans leur Porsche et leurs palaces, entourés de belles femmes inintéressantes aux seins nus et d’amis de passage, avant de se rendre compte grâce à une morale imbécile qu’il n’y a rien de tel pour se sentir exister qu’une balade dans les champs (Plantu dessinait en son temps un chef d’entreprise qui s’emparait d’une charrue en hurlant à sa femme, assise dans leur Rolls, “je vis, Marthe, je vis”, c’était plus court et plus amusant).

Il est difficile de se sentir plus jeune et tendance qu’en allant voir le dernier film de Sofia Coppola, la cinéaste des princesses sans divertissement, dont le dernier opus a probablement des réminiscences autobiographiques avec son histoire de star hollywoodienne, Johnny Marco, quadragénaire sorti de l’eau et du gouffre par sa fille au seuil de l’adolescence. La jeune fille, Elle Fanning, offre les plus belles scènes du film de sa grâce juvénile, notamment sur ses patins à glace à la recherche d’un regard complice de son père qu’elle voit trop peu.

Bien sûr, la critique trouvera tout un arsenal de qualificatifs pour décrire le mal de vivre de Johnny Marco : absurde, vacuité, angoisse, etc., alors qu’un terme résumerait mieux le film, néant, nichts, nothing, nada, zen. La critique américaine Pauline Kael ironisait en 1963 sur l’âme malade de l’Europe et ses fêtes décadentes décrites dans La notte, L’année dernière à Marienbad et La Dolce Vita : “la détresse morale est la dernière trouvaille des grands couturiers.” Certes, mais la vacuité des riches et le sentiment de vacuité de l’après-guerre étaient savamment mis en scène par Antonioni, Resnais et Fellini. Il n’en n’est rien chez Sofia Coppola où l’on aura du mal à nous faire croire que le passage d’une Porsche sur un circuit automobile, une bataille de Guitar Hero sur la Wii, le look grunge de la star mal peignée et une recette de hamburgers, relèvent d’une vision du monde.

Nous voyons bien ce qui est en jeu avec Somewhere, Lion d’Or à Venise, qui connaîtra vraisembablement le succès auprès d’un public qui aime imaginer qu’après tout, Bruce Willis et Julia Roberts s’ennuient autant qu’eux, et que Lady Diana avait de la cellulite. Un autre film qui avait le malheur d’être politique était en compétition à Venise en même temps que Somewhere, Vénus Noire, qui répondait à la vacuité du premier par une “transe sadienne”. Le film d’Abdellatif Kechiche mettait le nez dans la racialisation du monde au XIXe siècle et la persistance du regard colonial dans la manière dont l’Occident observe aujourd’hui l’Afrique et le Moyen-Orient. Surtout, continuez à ne parler de rien, Nous bâtissons l’avenir.

Proposition de fin alternative pour Somewhere :

Stephen Dorff gare sa Porsche devant le drugstore d’une petite ville. Il entre dans le magasin d’une démarche nonchalante.

Stephen Dorff

Bonjour, je voudrais un peigne.

Le vendeur

Deux dollars.

Stephen Dorff tend les billets que le vendeur empoche d’une main grassouillette. Stephen Dorff sort du magasin en se faisant une jolie coupe de cheveux.


SOMEWHERE : BANDE-ANNONCE VOST HD de Sofia Coppola

envoyé par baryla. – Regardez plus de films, séries et bandes annonces.

2 thoughts on “Somewhere : la détresse morale, dernière trouvaille des petits couturiers

  1. Quelle faute j’ai fait en ne lisant ton analyse qu’après avoir vu ce truc! :-)

    Jb

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