Jean-Michel Basquiat au MAM : qu’est-ce qu’un noir ?

http://www.france24.com/fr/files_fr/element_multimedia/image/Jean-Michel-Basquiat-Great-.jpgLa plus grande panne du cinéma français, sa grande difficulté à représenter les noirs comme des êtres humains, trouvera-t-elle une issue avec l’exposition consacrée au peintre américain Jean-Michel Basquiat au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris ? Le Centre National de la Cinématographie doit-il affréter des bus pour envoyer tous les cinéastes français voir l’exposition de ce peintre issu des classes moyennes, mort prématurément à vingt-sept ans en 1988, qui fut le premier artiste noir en couverture du New York Times ?

On le sait depuis longtemps, la question des minorités visibles est le talon d’Achille de notre beau pays inventeur de la glorieuse notion de discrimination positive, aussi emballante que le racisme cool ou le viol cordial. Jean-Clément Martin dit bien que la mythologie française contemporaine s’est construite sur la Révolution française, dont la vocation universelle permet plus difficilement qu’ailleurs de se saisir de la question de l’autre, en l’occurrence pour l’œuvre de Basquiat, le noir, tel qu’il était vu ou représenté par les New-Yorkais des années 60 à 80, mais plus généralement par l’Occident.

Le peintre d’origine haïtienne et portoricaine, issu du graffiti et de la rue, s’attaque tout d’abord aux préjugés des Blancs envers sa couleur, qui persistent encore aujourd’hui, consistant à imaginer les noirs comme de bons sportifs et de bons comiques. Son Famous negro athletes, « célèbres athlètes nègres », représente des visages noirs en colère comme s’ils étaient dessinés par un enfant. L’esclavage des noirs et son invisibilité dans l’histoire des Etats-Unis occupent une bonne part de l’exposition dont le livret pourrait parler d’autre chose que du fait que l’artiste « creuse au doigt la surface du papier humide collé sur la toile ». La boxe, premier sport utilisé par les noirs pour occuper les médias, est un sujet régulier avec la représentation stylisée des plus célèbres d’entre eux : Jack Johnson, premier champion du monde de boxe noir, et surtout en rouge, Cassius Clay « Mohammed Ali », première star noire d’envergure internationale. Le jazz est également bien présent avec un hommage aux albums de Charlie Parker et Miles Davis, avant le passage des préjugés associés aux noirs à la moulinette du pop art par la collaboration éphémère, mais impressionnante, de Jean-Michel Basquiat avec Andy Warhol.

Basquiat retourne les préjugés en présentant ses personnages de la rue couronnés comme des empereurs ou déifiés dans une position christique, ou le chien d’un enfant qui joue autour d’une bouche d’incendie, auréolé comme le plus glorieux des saints.

Le plus triste dans cette colère si contemporaine est qu’elle n’occupe qu’une part mineure de l’espace public français, où les noirs continuent d’être encensés pour leurs qualités sportives, mais aussi associés aux maux qui ronges nos chefs-d’œuvre urbanistiques de banlieue. Sortir les noirs des rôles de gangster ou de jeune à capuche, sortir le cinéma du quartier latin de son côté bande ethnique blanche, voilà des enjeux majeurs pour le cinéma français de notre jeune XXIe siècle. Comme jouait Charlie Parker en 1945, Now is the time, “c’est le moment”, ou “il est grand temps”.

Jean-Michel Basquiat au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, jusqu’au 30 janvier 2011

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