Memory Lane de Mikhaël Hers : “je rêve de tomber amoureuse”

Memory Lane

Il y a les histoires d’amour qui n’ont aucune chance d’avoir lieu au-delà d’un regard échangé dans la rue, les histoires d’amour qui pourraient avoir une chance dans un autre espace-temps, avec davantage de courage ou de lâcheté, et puis il y a toujours l’histoire de deux mains qui se frôlent et s’attrapent pendant qu’un autre quelque part n’est pas capable de s’occuper d’une petite fille et tout simplement de lui-même. C’est l’histoire de Memory Lane, film suspendu au-dessus du vide en banlieue ouest de Paris.

Il faut filmer la mélancolie, pas la nostalgie qui est mortifère, mais la mélancolie pour un lieu connu et reconnu au millimètre, pour le temps disparu, souvenons-nous de Pavese le nez dans le Proust, “chercher une loi qui serve à éterniser chaque rêve”. Jacky Evrard du Ciné 104 dirait que le talent de Mikhaël Hers provient notamment d’une fusion d’univers différents qui mettent à jour dans leur magnificence les moments les plus marquants de la vie : serrer une main aimée, râter un baiser, pousser un ami à ouvrir sa porte…

Alors rêvons comme Mikhaël Hers de filmer l’histoire de deux soeurs en train de perdre leur père, l’émouvant Didier Sandre, et puis deux copains du collège qui se frôlent et désirent s’emboucher et puis un autre mal peigné qui rêve simplement de faire l’amour, et enfin un dernier qui n’arrive même pas à serrer quelqu’un dans ses bras.

L’histoire du cinéma est celle d’un visage, de Peter Lorre sifflant Peer Gynt dans un film maudit à celui de Bardot parlant de son mépris et puis le jeune Léaud regardant la caméra et inventant l’adolescence. Il faudra désormais compter avec celui de la belle Dounia Sichov, la rousse du film qui regarde trop la grande tige brune du film pour ne pas désirer s’y coller un peu.

Mikhaël Hers a le sens du comique (le spectacle pathétique de deux joueurs de jocary) et de l’annonce (“Dominique est enceinte”) qui tombe comme une déclaration d’amour cachée, et aussi des maladresses comme une mère qui cherche du shit pour son malade de mari comme ailleurs dans un film qui se passait chez les Canadiens français. C’est mis en image à la frontière de Paris et des collines et parcs de l’ouest par Sébastien Buchmann, et en son par Dimitri Haulet qui s’est même sorti d’une tempête de vent. La plupart des cinéastes n’aiment pas le corps des femmes, ils aiment le rut où l’homme se soulage. Mikhaël Hers a le sens des corps lorsqu’il filme des doigts posés sur un clitoris comme un cadeau d’amour. Embouche, orgasme, ressuscite.


MEMORY LANE : BANDE-ANNONCE HD
envoyé par baryla. – Court métrage, documentaire et bande annonce.

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