Prix Cinéma dans la lune 2010 : Kechiche, Polanski, Quillévéré, Marcello…

Vénus noire

Les prix qui célèbrent comme chaque année, et pour la première fois en 2010, le cinéma de l’utopie, ont été décernés cette nuit par les rédacteurs de Cinéma dans la Lune réunis au complet pour une séance d’anthologie qui s’est terminée aux aurores :

Prix du meilleur film : Vénus Noire d’Abdellatif Kechiche. 2010, année du retour du refoulé colonial avec cette Vénus incandescente, plongée au coeur de la construction des théories raciales dans la France scientiste du jeune XIXe siècle, mise en scène du spectacle, vertige de la mise en scène qui ne laisse aucun répit au spectateur avec son système de deux caméras. Kechiche, Le grand cinéaste moderne.

Prix du meilleur premier film : Un poison violent de Katell Quillévéré. Une jeune bretonne doute de sa foi lorsqu’elle comprend qu’elle préfère les jeunes gens au corps du Christ. Une déclaration d’amour à la pluie bretonne, un éloge de l’érotisme et du doute. Nous admirons.

Prix de la meilleure comédienne :Yoon Yung-He dans Poetry de Lee Chang-Don, belle vieille dame qui part peu à peu dans cette terrible maladie des temps modernes qu’est Alzheimer, tout en parcourant le chemin de la honte et de la vérité avec son petit-fils violeur. Le film annuel qui nous fait demander la nationalité coréenne.

Prix du meilleur comédien : Sami Bouajila dans Hors-la-loi de Rachid Bouchareb. Effrayant et envoûtant en militant algérien du FLN enfermé dans sa violence en réponse à celle du colonialisme (mention spéciale à Olivier Gourmet pour son “en France tout le monde s’en fout” dans Vénus noire).

Prix du meilleur scénario : Robert Harris et Roman Polanski pour Ghost writer. Ambiance hitchcockienne pour thriller paranoïaque, réponse du berger à la bergère, plongée dans les mensonges de Tony Blair et le cirque de la diplomatie américaine confirmé depuis par Wikileaks. Un bijou.

Prix du meilleur documentaire : La bocca del lupo de Piero Marcell, histoire d’amour magnifique entre un prolétaire italien qui a passé la moitié de sa vie derrière les barreaux et un transsexuel. Poétique, politique, italien, dantesque.

Prix de la meilleure photographie : Roger Deakins pour A serious man des frères Coen. Nous nous demandons toujours si le film est inspiré d’une couverture du magazine The New Yorker dessinée par Sempé montrant un mathématicien débordé par son grand tableau noir. La photographie de Roger Deakins caresse les personnages avec ses tons sépias dans la petite communauté hypocrite et attachante des juifs du Midwest américain. Viva les Coen !

Prix du meilleur son : Emanuele Vernillo pour La bocca del lupo de Piero Marcello, ou les sons du Gênes populaire comme si vous y étiez, mêlés des musiques de Gainsbourg et de Büxtehude.

Prix de la meilleure musique : Alexandre Desplat pour Ghost Writer de Polanski. Un hautbois à faire tomber par terre, la trompette traditionnelle des BO de Maître Desplat, des airs inquiétants et envoûtants comme on n’en avait pas entendus depuis la grande époque de Bernard Hermann pour Hitchcock.

Prix du meilleur montage : Patricio Guzman pour son film Nostalgie de la lumière, association d’un crâne humain et de la lune pour souligner que notre calcium est le même que celui des étoiles, association dans le même désert chilien de la quête des veuves pour les disparus de la dictature de Pinochet, de la quête des astrologues pour l’origine de l’univers, et des historiens à la recherche des traces des Amérindiens. Cinéma, piété de la mémoire poétique.

Prix du meilleur décor : Larry Dias pour Inception de Nolan, un couloir d’hôtel retourné dans tous les sens pendant que Joseph Gordon-Levitt se bat contre les projections envoyées pour protéger le subconscient d’un milliardaire. Nous, la toupie on s’en fout, mais Borges à Hollywood on aime.

Prix des meilleurs costumes : Janet Patterson pour Bright star de Jane Campion. Les plus belles robes que l’on ait vu depuis In the mood for love il y a dix ans.

Prix des meilleurs effets spéciaux : Chris Courbould, superviseur des effets spéciaux pour Inception de Nolan. Les immeubles haussmaniens de Paris retournés comme une crêpe devant Di Caprio et Ellen Page qui trouvent ça normal, vision magique que seul le cinéma peut offrir. Seul le cinéma.

Prix du meilleur court-métrage : Don’t touch me please de Shanti Masud. Une jalousie mesquine et une rigidité thématique (Shanti Masud dirait rigide, donc française) nous avait fait parler avec un brin de condescendance de ce film obsédant (ah, le terrible goût pour le bon mot de la critique française). Shanti Masud filme en 8 MM à l’époque où la plupart des cinéastes ne parlent plus qu’en listes de 1 et 0. Don’t touch me please est le film majeur sur le thème ultramoderne de l’intouchabilité. Le dernier couple de la série apparaît comme une promesse d’avenir. Comme chantait T.S. Eliot en conclusion de La terre vaine, Shanti, Shanti, Shanti.


Teaser VENUS NOIRE
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One thought on “Prix Cinéma dans la lune 2010 : Kechiche, Polanski, Quillévéré, Marcello…

  1. Je ne saurais contester tes choix Matthieu tant tu les justifies d’une passion évidente ! Et en plus tu nommes Mme Yoon meilleure actrice de l’année, chapeau bas pour cela 😉

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