Rétrospective Jean-Pierre Melville : une morale de résistant

Le Deuxième souffle

“Vous qui êtes là comme deux connards” dit Lino Venturo aux tueurs qui l’attendent dans une chambre de Marseille, dans Le deuxième souffle. Vous avez beau voir et revoir la scène, la magie opère toujours. Lino fait peur. Beaucoup plus tôt dans le film, Paul Meurisse en commissaire explique en commentant chaque détail pourquoi les témoins d’un meurtre dans un resteront ne parleront pas, avant de conclure : “je me demande bien ce que nous sommes venus faire dans cette pouponnière.” Comme dit Quentin Tarantino, on finit par se passer des films de Godard, on revient toujours à Melville.

Où est la magie ? Jean-Pierre Melville, né Grumbach, résistant gaulliste qui restera toujours fidèle à son idole, est l’un des plus grands stylistes du cinéma français, qui se comptent sur les doigts d’une main : Renoir, Bresson, Tati, Jacques Demy… Dans une planète cinemétographique très bavarde et psychologisante, Melville a toujours préféré les regards, l’animalité et le poids de l’existence.

Existentialiste Melville ? Peut-être le seul cinéaste français qui mérite ce titre, le seul à s’être coltiné, comme Antonioni et Bergman à la même époque, à cette notion si neuve et troublante à l’époque “d’angoisse”, par laquelle Martin Heidegger voyait la condition de l’homme moderne, sujet à une peur sans objet qui le rendait étranger à lui-même (quinze ans avant Camus).

Angoisse du résistant face au sale boulot (L’armée des ombres), angoisse du tueur face à une mission inacceptable comme le meurtre d’une femme (Le samouraï), angoisse du tueur cerné (Le deuxième souffle, Le cercle rouge). Comment sortir de l’angoisse ? Par le sens de l’honneur bien sûr, supérieur à la vérité, au bien et au mal. Jacques Tourneur, sans doute son inspiration majeure, clôturait La griffe du passé par le geste amical d’un sourd-muet à l’égard d’un mort (Mitchum), dont il avait tu le secret pour aider la femme qui lui survivait à vivre sa vie. A la fin du Deuxième souffle, Paul Meurisse s’offre un mensonge et une vérité interdite. Le seul hommage qui vaille est celui qui permet de se placer à égalité de ses maîtres.

Rétrospective Jean-Pierre Melville à la Cinémathèque française, du 3 au 22 novembre 2010.

Le deuxième souffle

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