Maurice Pialat : l’amour malgré soi

foto_maurice_pialat.jpgMaurice Pialat (1925-2003) est le dernier grand cinéaste français, plus proche de Jean Renoir que des réalisateurs de la Nouvelle Vague, dernier à avoir obtenu la Palme d’or pour Sous le soleil de Satan en 1987 et inspirateur de la plupart des écorchés vifs cinéastes qui officient depuis quinze ans. Et puis son image d’auteur l’a rarement empêché d’attirer le public car la plupart de ses films ont eu du succès, à l’exception peut-être du Garçu, avec Gérard Depardieu et Géraldine Pailhas.

Pialat n’avait aucune illusion sur l’argent (Dans A nos amours en 1983, il assène “toi t’es qu’un tiroir-caisse” à Dominique Besnehard, futur et génial agent d’acteurs), le droit (les policiers ont les mêmes méthodes que les truands dans Police en 1985, avec Sophie Marceau et Gérard Depardieu), la religion (Un prêtre mystique et idéaliste est isolé par l’Eglise dans Sous le soleil de Satan), l’art (Van Gogh, interprété par Jacques Dutronc en 1991, crève de misère en attendant qu’on lui achète ses tableaux) ou le couple (Jean Yann et Marlène Jobert dans Nous ne vieillirons pas ensemble ou la lente agonie d’un couple en 1972).

Alors que la majorité des personnages de cinéma aiment malgré les autres (qui sont selon les cas la société, les conventions, les classes sociales, le destin, les âges, etc.), les personnages de Pialat aiment malgré eux, comme des animaux amoureux incapables d’identifier les raisons de leur amour mais tout aussi incapables de ne pas aimer. Bien sûr, Sandrine Bonnaire “a 17 ans et ne croit pas en l’amour” dans A nos amours, mais comme elle, malgré la peur et la violence des disputes et des ruptures, la douleur de la perte, les affres de la jalousie, les tentations du désir, les fantasmes et l’usure des corps, nous voilà condamnés à aimer pour une durée indéterminée.

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