Que restera-t-il de la trilogie des ambitieux de Woody Allen ?

Les amateurs du cinéaste New-yorkais s’étaient émus du retour en grande forme de Woody Allen avec Match Point (avec Jonathan Rhys-Meyers et Scarlett Johansson, 2005), qui entamait une trilogie londonienne consacrée aux ambitieux modernes, qui s’était poursuivie sur un registre plus comique avec Scoop (avec Scarlett Johansson, 2006) et achevée avec le très noir Le rêve de Cassandre (avec Colin Farrell, excellent, et Ewan McGregor, 2007).

Les ambitieux comptaient pour réussir sur la chance dans Match Point (Jonathan Rhys-Meyers est innocenté du meurtre qu’il commet sur sa maîtresse grâce à un coup du hasard), leur perspicacité et leur talent nautique dans Scoop (Scarlett Johannson échappe à son meurtrier en lui faisant croire qu’elle nage très mal, alors qu’elle est championne de natation), mais étaient rattrapés par la culpabilité dans Le rêve de Cassandre (Colin Farrell, méconnaissable en meurtrier rongé par la culpabilité).

La trilogie londonienne est marquée par une noirceur que tempère légèrement le charme de Scarlett Johannson dans deux des trois films : le meurtrier cynique de Match Point est innocenté du meurtre de sa maîtresse, la journaliste échappe de justesse à la mort dans Scoop, les meurtriers minables s’entretuent dans Le rêve de Cassandre (au cours d’un épilogue un peu longuet et alambiqué).

Les trois films étaient finalement l’occasion pour Woody Allen de poursuivre son interrogation majeure, à savoir le rôle de la culture dans le destin des individus : Jonathan Rhys-Meyers gravit l’échelle sociale en distillant un vernis culturel (il lit Dostoievsky pour les nuls pour parler de l’écrivain russe) dans la grande société londonienne, Scarlett Johannson utilise son talent et ses connaissances de journaliste pour identifier un meurtrier, Colin Farrell et Ewan McGregor n’ont d’autre culture que l’image envahissante de leur oncle qui a tout réussi, alors que leur père, un brave homme de la working class, peine à joindre les deux bouts.

Que reste-t-il de tout cela ? “Let’s wish him good luck” (“Souhaitons lui bonne chance”) est la dernière réplique de Match Point, adressée au bébé du meurtrier arriviste. A la fin du rêve de Cassandre également, le père des deux meurtriers explique à sa femme qu’il a rêvé d’eux lorsqu’ils étaient enfants. Et le sourire de Scarlett Johannson à la fin de Scoop. Le sourire des enfants et la compagnie des femmes, seules consolations à la noirceur du monde.

 

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