Bassidji de Mehran Tamadon : l’Iran, les barbus et ta soeur

Bassidji

Plutôt que de bombarder l’Iran, ce dont rêvent sans doute plus d’un Républicain le jour où ils se débarrasseront d’Obama, certains ont décidé de filmer les habitants de ce pays dont le chef d’Etat prend plaisir à se présenter comme “le dernier ennemi de l’Occident”, y compris ceux qui y détiennent le pouvoir et oppriment sa population. Le cinéaste iranien Mehran Tamadon, qui rappelle plusieurs fois à ses interlocuteurs pendant le film “qu’il est athée, qu’il boit de l’alcool et qu’il vit en France” est de ceux-là.

Jusqu’à quel point peut-on dialoguer avec un individu, jusqu’à nouer avec celui-ci des liens d’amitié, même s’il adopte un point de vue diamétralement opposé au vôtre ? Voilà la tâche ardue et passionnante à laquelle s’est attelé le cinéaste iranien, qui a filmé durant un intervalle de dix-neuf mois des membres des Bassidji, milices religieuses fondées par Khomeini en 1979, mouvement paramilitaire très actif durant la guerre Iran-Irak, qui veille aujourd’hui au strict respect de la loi islamique (port du tchador, prise en charge des démunis, chasse aux délinquants et aux drogués, etc.).

Mehran Tamadon ne cache pas sa sympathie envers le personnage principal du film, Nader Malek-Kandi, héros de la guerre, dévoué corps et âme à son pays et à l’islam, éditeur de livres de propagande religieuse, mais il rappelle que “le film se fait autour de la distance entre eux et moi”. Le réalisateur a le sentiment de raconter toujours la même histoire sur son pays : “je filme une barrière idéologique que je souhaiterais franchir, mais je n’y parviens pas.”

Bassidji culmine dans deux scènes qui illustrent la force de ce cinéma de l’altérité. Le cinéaste rencontre des jeunes femmes en tchador lors d’une exposition sur la guerre. Il leur demande si elles pensent voir un jour un homme (autre que leur mari) sans leur voile, elles lui reprochent de lever des barrières lorsqu’il s’écarte d’elles, et s’écartent de lui lorsqu’il s’approche trop d’elles. L’effet burlesque est renforcé par le fait que c’est principalement autour du statut des femmes que se joue la grande rivalité entre l’occident (dont le cinéaste adopte le mode de vie) et les pays musulmans.

La peur de la femme devient particulièrement manifeste chez l’un des interlocuteurs du cinéaste, l’un des plus religieux et dépourvu d’humour, qui affirme que le regard d’une femme peut devenir dangereux lorsqu’il fait trembler le plus croyant des hommes.

Dans une société structurée autour de la mythologie de ses martyrs, des compagnons d’Hussein à Kerbala en 680 à ceux de sa dernière guerre, Mehran Tamadon filme avec mélancolie et tristesse l’assurance de ceux dont le pouvoir est renforcé chaque fois qu’un pays musulman a le sentiment d’être agressé par l’un des deux ennemis déclarés du pays, “les Etats-Unis et Israël”. Il nous rappelle que le XXIe siècle appartiendra à tous ceux qui quitteront le confort de leur entre-soi pour s’aventurer au-delà de leur classe sociale, de leur ethnie ou de leur croyance.


BASSIDJI – BANDE ANNONCE
envoyé par Aloest_Distribution. – Regardez des web séries et des films.

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