Entre nos mains de Mariana Otero : tant qu’il y aura des ouvrières

Entre nos mains

Notre beau pays qui perd ses ouvriers depuis trente ans a au moins des réalisateurs, en l’occurrence une réalisatrice ici, Mariana Otero, pour les filmer et nous montrer leur monde caché aux regards. “J’aime les ouvriers, j’admire et j’envie leur savoir-faire” écrit Luis Bunuel dans son autobiographie, d’une phrase qui pourrait résumer ce film beau comme un poème d’amitié pour des femmes chargées de concevoir, tisser et vendre un objet majeur du désir des hommes, la lingerie féminine.

La société Starissima au bord de la faillite dans les environs d’Orléans cherche à se transformer en SCOP, et la réalisatrice suit le dilemme de ces femmes habiles et courageuses, qui se demandent si cela vaut le coup de donner un mois de salaire au projet pour sauvegarder l’entreprise, leur emploi, et se rêver pour une fois égales au patron.

Entre nos mains, ou l’Odyssée des femmes du monde entier, de la Chine au Congo, qui piquent et repiquent nos vêtements au gré des mutations du secteur du textile, pour des petits salaires, à la merci des actionnaires et des clients (le projet de SCOP est fragilisé par le déférencement de trois marques par une grande surface). Mariana Otero, la tendresse incarnée, s’attarde sur un doute (une ouvrière redoutant de perdre sa mise et son emploi), un gentil mensonge (Sylvie annonçant son refus de participer à la SCOP, puis prétendant qu’elle n’a jamais donné son avis), la maladresse des hommes dans le monde des femmes (deux managers en train de renifler des culottes pour sentir l’odeur de l’encre des cartons)…

Dans un pays dirigé par une élite masculine et blanche issue des grandes écoles qui agitent pour faire plaisir à une minorité qui vote le spectre de la peur de l’autre, Mariana Otero plante sa caméra au milieu d’un petit monde qui s’appelle la France, qui se dilue peu à peu dans l’Europe et la mondialisation (Victor Hugo écrivait en 1851: “La France a cela d’admirable qu’elle est destinée à mourir… La France deviendra l’Europe), où les visages ont toutes les couleurs et les religions. On reviendra forcément à cet Entre nos mains peut-être trop tard, avec la mélancolie pour les mondes qui ont disparu, ou pour se demander comment on a pu perdre à ce point le contact avec ceux pour lesquels un mois de salaire représente toute une vie.

ENTRE NOS MAINS – Bande-annonce

envoyé par diaphana. – Court métrage, documentaire et bande annonce.

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