Filmer le désert de Lawrence d’Arabie (1962) à Gerry (2004)

 

Lawrence d'Arabie et son chameau

Le désert est le milieu de la révélation, il est génétiquement et physiologiquement autre, sensoriellement austère, esthétiquement abstrait, historiquement hostile… Les prophètes et les ermites vont dans le désert. Les exilés et les pèlerins le traversent. C’est ici que les fondateurs des grandes religions ont cherché les vertus spirituelles et thérapeutiques de la retraite, non pour fuir mais pour trouver le réel.

Paul Shepard, L’homme dans le paysage

J’ai compris en faisant il y a quelques années du stop dans le désert du Sinaï (en Egypte pour les fâchés de la géographie) la fascination qui poussait les hommes des vallées à contempler les étendues désertiques. Les bédouins qui m’ont pris en stop ont eu le temps de m’apprendre qu’il y avait des manifestations en France contre l’extrême-droite qui était au second tour des élections présidentielles. Ils m’ont laissé à un coude de la route du Monastère Sainte-Catherine (où Moïse aurait reçu les tables de la loi) car ils s’enfonçaient dans le désert. Je suis resté quelques heures au milieu de nulle part, avant d’être pris en stop par des Suisses en vadrouille. La rencontre avec le désert est une émotion dont nul ne se remet.

– L’origine du monde : Dans Lawrence d’Arabie, Peter O’Toole, qui interprète le célèbre officier anglais qui prit fait et cause pour l’union des peuples arabes et le roi Fayçal contre les Turcs et les puissances occidentales, explique à un journaliste qu’il aime le désert car il trouve cet endroit propre. Le film de David Lean nous offre les plus belles images produites par le cinéma pour le désert. L’arrivée d’Omar Sharif dans un mirage de soleil, la recherche de l’homme perdu au milieu d’une étendue de sable dur, mais surtout le célèbre raccord où le visage de Peter O’Toole, qui souffle une alumette, donne place au lever du soleil, n’ont pas d’équivalent. 

Il est probable que Stanley Kubrick rend hommage à Lawrence d’Arabie lorsqu’il ouvre 2001, l’Odyssée de l’espace (1968) par les étendues désertiques dans lesquelles l’homme maîtrise l’outil, avant de partir à la conquête de l’espace et du temps.

– Le paradis perdu : Lawrence d’Arabie a créé d’innombrables émules, de Steven Spielberg (Indiana Jones) à Sydney Pollack (Out of Africa) en passant par Georges Lucas (La guerre des étoiles), qui ont recherché, dans les années 80, une image du paradis perdu dans le désert. Leurs personnages viennent tous y chercher un réconfort aux désillusions de la vie (Meryl Streep dans Out of Africa) ou le sens d’une vie (Indiana Jones et Luke Skywalker).

– Un lieu de perdition : L’évolution de la société en un terreau de peurs au cours des années 90 et surtout depuis le début des années 2000 a amené les cinéastes à représenter le désert comme un lieu où l’on se perd, comme dans Le patient anglais, où Ralph Fiennes y abandonne sa bien aimée (Kristin Scott Thomas), et Gerry, de Gus Van Sant, où Matt Damon s’égare en compagnie de Casey Affleck qui n’y survivra pas.

Vite, qu’un cinéaste renouvelle ce thème et plonge notre âme dans l’étendue des paysages qui se forment et se déforment à l’infini.

 

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