Eloge de Michel Piccoli / touche pas à mon ADN

 

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Le comédien Michel Piccoli, 82 ans, a assisté comme de nombreuses personnalités du spectacle et de la politique (de droite comme de gauche) à la soirée récemment organisée au Zénith pour exiger le retrait de la loi sur les tests ADN pour la famille des immigrés sollicitant le regroupement familial, que les députés et sénateurs de la République française devraient adopter. Dans son édito du 21 octobre 2007, le New York Times écrivait à propos de cette loi : “sous les occupants nazis et leurs collaborateurs de Vichy, des notions pseudo-scientifiques de descendance pure avaient été introduites dans le droit français avec les conséquences tragiques que l’on connaît.

Cet engagement nous permet de rappeler la grande élégance et l’immense talent de Michel Piccoli, comédien des plus grands cinéastes, Jacques Demy, Jean-Luc Godard, Marco Ferreri, amant éternel des films de Claude Sautet, etc. Ce qui en fait un aussi grand comédien est le naturel avec lequel il se glisse chaque fois dans la peau d’un nouveau personnage.

– L’idiot satisfait dans Le mépris de Jean-Luc Godard (1963): il y interprète Paul, un écrivain embauché par un producteur américain pour écrire le scénario d’Ulysse, que doit réaliser le très grand cinéaste allemand Fritz Lang, dans son propre rôle, alors que sa femme interprétée par Brigitte Bardot s’éloigne progressivement de lui. Tous les efforts accomplis par Paul pour récupérer sa femme se soldent par un échec car la magie n’opère plus entre eux. Et il est trop obsédé par son histoire pour voir en Ulysse rien d’autre qu’un homme qui fuit sa femme, ce à quoi Fritz Lang répond que le héros grec était un homme valeureux, pas un névrosé du XXe siècle.

-L’amoureux naïf dans Les demoiselles de Rochefort (1967) : Michel Piccoli y joue Simon Dame, abandonné naguère par sa fiancée (Danielle Darrieux) qui trouvait son nom ridicule, et l’avait fuit car elle refusait de s’appeler “Madame Dame”. Il est séduit par la fille de sa fiancée (interprétée par Françoise Dorléac, la soeur de Mademoiselle Deneuve) avant de retrouver la femme de sa vie.

– L’idéaliste pervers dans Max et les ferrailleurs de Claude Sautet (1971) : dans ce très grand film mésestimé du cinéma français, Piccoli interprète un commissaire de police pervers qui pousse une petite bande d’arnaqueurs à commettre un hold-up en manipulant une prostituée jouée par Romy Schneider pour prouver à ses collègues qu’il peut arrêter des truands. L’interprétation glaciale de Piccoli est un sommet du 7e art, jusqu’à son coup de feu final et dérisoire, pour rétablir l’égalité du regard avec Romy Schneider.

– Un arriviste qui a renoncé à ses rêves dans Vincent, François, Paul et les autres de Claude Sautet (1974) : il y interprète un chirurgien qui a réussi (il possède une clinique près de l’Etoile à Paris), mais se voit reprocher lors d’un repas entre amis par l’un d’entre eux, interprété par Serge Reggiani, lui plutôt un écrivain râté, d’avoir renoncé à ses rêves de justice sociale. Alors que Piccoli découpe un gigot, il se met à s’énerver et à insulter tous ses amis en les pointant de son couteau avant de quitter la table comme un adolescent pris sur fait.

Par amitié pour Michel Piccoli, et pour prouver que l’on peut encore se conduire comme des êtres humains au XXIème sicèle, il n’est pas trop tard pour signer la pétition sur le site www.touchepasamonadn.com.

 

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