Philippe Faure est mort : apprendre à dire Si !

Philippe Faure, qui nous a quittés ce week-end à l’âge de 58 ans, avait un défaut majeur pour le milieu du théâtre : il n’était pas parisien. Dans un pays où le genre n’existe pour certains qu’à la capitale et Avignon, un Lyonnais, Lyonnais, Lyonnais comme le comédien, auteur et metteur en scène Philippe Faure (né à Lyon, vivant et travaillant dans la Capitale des Gaules), n’avait a priori pas de quoi intéresser ceux qui disposent de plusieurs théâtres nationaux et de centaines de compagnies. A l’heure où le pays est empêtré dans l’incapacité des élites à parler au peuple, Philippe Faure avait pourtant beaucoup à dire.

Pour avoir travaillé trois ans au Théâtre de la Croix-Rousse de Lyon, j’ai vu se côtoyer les plus grands avocats du barreau lyonnais et la caissière du supermarché du quartier aux concerts de Christophe, aux fééries d’Omar Porras, aux premiers spectacles fauchés d’Alexandre Astier (dans une salle de quatre-vingt places où les compagnies se payaient à la recette…), et même dans les songes obscurs de Bruno Meyssat.

On s’est engueulé bien sûr avec Philippe parce que l’art est cher et la subvention de plus en plus rare. J’en ai même vu monter sur les tables en réunion… Mais il m’a offert mon premier emploi, aux relations avec le public de son théâtre, aux côtés d’Armelle Legrais (la meilleure représentante des relations avec le public que je connaisse), de Cécile Vaesen (la meilleure responsable de communication que je connaisse), d’Audrey Vega, Elodie Bersot, Cathy Bouvard, Sihem Zaoui… il m’a ouvert grand les portes de son théâtre le jour où j’ai tourné mon premier film, L’étoffe des songes (avec Eric Michel), sur le grand plateau du théâtre. Il m’a appris à dire “Si !” à tous ceux qui disaient “non”, à ouvrir toutes les portes que l’on croyait fermées, à fuir les bouffeurs d’espoir qui ricanent et ne feront jamais rien de leur vie. Philippe Faure disparaît après avoir programmé, alors qu’il était entré dans la phase finale de sa maladie, un Malade imaginaire dans sa propre mise en scène, où il aurait repris le rôle titre, en mai 2011. Face à une telle audace, on ne peut que, selon l’endroit où l’on se trouve, lancer le “Bom-Bom-Bom” ou crier “Action !”

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *