L’autre monde de Gilles Marchand : le fantasme d’une âme sans corps

L'Autre monde

Ce ne sont pas les lecteurs de ce blog qui nieront passer quelques heures par jour en virtualité sur internet, pour répondre à l’un des plus vieux fantasmes humains : le désir d’ubiquité et d’éternité, ou plutôt d’une âme sans corps, libérée des douleurs physiques mais ouverte au plaisir. Gilles Marchand, scénariste talentueux de Laurent Cantet (Ressources humaines) et Dominik Moll (Harry, un ami qui vous veut du bien) a retrouvé le second pour signer un film exigeant sur ce thème, L’autre monde.

Soit un jeune bobo bien peigné (Grégoire Le Prince-Ringuet, formé à l’école Christophe Honoré) séduit dans les Calanques par son alter-ego féminin (Pauline Etienne, la révélation d’Elève libre), mais aussi par une créature gothique (Louise Bourgoin) qui trompe son ennui avec l’avatar qu’elle a créé sur la toile. Le jeune homme préfère l’intranquillité de la seconde au père fouettard de la première et laisse filer ses fantasmes.

Le cinéaste prend un peu son temps pour développer son intrigue avec des personnages secondaires qui ne sont pas tous convaincants, mais le rythme s’accélère dès que le jeune homme est en danger, comme dans un bon vieux Hitchcock. C’est bien entendu chez le maître britannique du suspense, ainsi que chez l’inventeur de l’horreur suggérée, Jacques Tourneur, qu’il faut trouver les inspirations de Gilles Marchand. On aurait souhaité peut-être davantage d’engagement dans la lutte des corps, comme dans le cinéma de Paul Verhoeven ou de David Cronenberg, mais selon une tradition bien française, c’est finalement dans le réalisme d’une scène d’amour adolescente que Gilles Marchand trouve le mieux ses marques, lorsque les jeunes gens découvrent un nouveau monde en ouvrant la chemise et le pantalon de leur compagnon.


Bande annonce L'Autre Monde – M83
envoyé par emipubfrance. – Clip, interview et concert.

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