Du silence et des ombres de Robert Mulligan : l’Americana et nous

Du silence et des ombres

Atticus Finch, le personnage de Gregory Peck dans Du silence et des ombres (To kill a mockingbird, 1962) est l’un des personnages préférés des Américains, sans doute par sa manière de personnifier sans ironie la lutte pour le bien avec cet avocat qui défend durant la grande dépression un jeune noir accusé par les hommes du village qui veulent le lyncher d’avoir violé une femme. Pour trouver un rôle aussi emblématique d’un pays, il faut sans doute rechercher du côté de Jean-Louis Barrault, saltimbanque amoureux de deux femmes dans Les enfants du paradis, ou Gérard Depardieu, poète libertaire et amoureux secret dans Cyrano de Bergerac.

Grâce au cinéma, les luttes des petits gens contre les préjugés dans l’Amérique rurale des années 30 à nos jours nous sont devenues aussi familières que celles de la campagne française. C’est vrai qu’il est difficile de résister au récit de cet avocat au coeur tendre qui élève seul ses deux enfants depuis la mort de leur mère, prêt à tirer sans trembler sur un chien enragé ou à s’essuyer imperturbablement le visage lorsqu’il se fait cracher dessus par un ivrogne. Les cinéphiles se réjouiront aussi de croiser Robert Duvall (Le parrain, Apocalypse now) avec des cheveux.

Mais on se demande surtout, à voir la tendresse avec laquelle la caméra humaniste de Robert Mulligan s’attarde sur les beaux visages des protagonistes noirs du film, si le cinéma français n’a pas pris un siècle de retard sur la peinture de Paul Gauguin, qui invitait en peignant les Tahitiennes à penser la beauté au-delà des modèles de l’occident. “Tuer un oiseau moqueur” annonce le titre anglais du livre qui inspira le film, pour mieux nous dire que chaque film, chaque combat individuel est une victoire dans la lutte sans merci qui oppose les êtres de volonté aux bouffeurs d’espoir.

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