Carlos d’Olivier Assayas : la démocratie en guerre

Carlos

Le moins mauvais des systèmes politiques, la démocratie, a trouvé un mot pour qualifier ses ennemis intérieurs : terroriste. A présent que la plus grande peur qu’inspirent les terroristes d’extrême-gauche est de pouvoir dérailler les trains, après avoir été très actifs durant les années 70, ils font l’objet de films en Italie (Buongiorno notte, Arrivederci ciao Amore), en Allemagne (La bande à Baader), au Japon (United red Army) et aujourd’hui en France avec Carlos.

Bonne nouvelle, Olivier Assayas est devenu un grand cinéaste. Le roi de la note d’intention, dans le sens où il était le seul cinéaste au monde à mieux parler de ses films qu’à les faire (nous n’avons pas pu nous empêcher de rire devant Demonlover et L’heure d’été), prouve avec Carlos qu’il maîtrise son sujet en racontant l’histoire du terroriste marxiste d’origine vénézuéllienne, amateur de femmes et de whisky.

La version cinématographique de la série conçue pour Canal+ comprend un certain nombre d’ellipses pour entrer dans le cadre d’une séance de 2 heures 45, mais on suit sans peine le parcours de ce playboy téméraire et lâche, qui dut sa réputation dans les cercles pro-palestiniens à l’assassinat de deux agents de la DST en France. Assayas est avant tout un remarquable directeur d’acteurs, et il a transformé le très viril Edgar Ramirez en une icône pop narcissique et vénéneuse. Les hommes et les femmes tombent comme des mouches sur son parcours, avant qu’il ne devienne encombrant à Aden, Damas, Tripoli, etc.

Alors bien sûr, ce polar géopolitique sur fond de conflit israélo-palestinien rappelle un grand film mal-aimé par la critique, Munich de Steven Spielberg, qui raconte la manière dont les services secrets israéliens se sont vengés de ceux qui ont perpétré les attentats contre leurs athlètes dans la ville allemande en 1972. Ce film sans doute bancal renferme certaines des plus belles scènes des années 2000 : le repas d’une famille française qui écoute les souvenirs de résistance d’un extraordinaire Michael Lonsdale, la dispute entre les agents du Mossad sur la violence de leur mission, et l’image de fin, lorsque le héros (Eric Bana) annonce, à New York où il s’est réfugié, à son supérieur hiérarchique qu’il met un terme à sa mission, alors que se découpe au loin la silhouette fantômatique des tours du World Trade Center. C’est ce genre d’image cosmique que l’on aurait aimé voir à la fin de Carlos, pour percer au-delà du parcours d’un playboy qui finit avec une maladie des testicules, un peu du secret de notre beau pays révolutionnaire et bureaucratique.

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