La bocca del lupo de Pietro Marcello : le paradis à même l’enfer

La Bocca del Lupo

Au début du XIXe siècle, certains vivaient de leur plume et s’offraient les meilleures ventes en librairie, on les appelait des poètes. Le cinéma n’est pas encore devenu une filiale de l’industrie des jeux vidéos car il a aussi besoin des films-poèmes pour garder son âme, comme ce livre d’images sublime qui nous vient de la botte, La bocca del lupo de Pietro Marcello.

Le documentariste filme un paumé gênois qui a la gueule des seconds couteux des films de mafia, Enzo. Il a passé vingt-sept ans derrière les barreaux pour avoir tiré sur deux policiers qui rackettaient sa boîte de nuit. En prison, il est tombé sur l’amour de sa vie, Mary Monaco, un transsexuel qui subissait les brimades des gardiens jusqu’à ce qu’il explique qu’il tuerait tous ceux qui feraient du mal à Mary.

Cette histoire d’amour hors norme de deux perdus du miracle du nord italien, lui condamné à la délinquance par la pauvreté de son père sicilien, elle condamnée à la marge par sa sexualité, est entrecoupée des images qui racontent les douleurs des ouvriers génois : l’omniprésence de la mer qui appartient à tout le monde, la gloire et la disparition des chantiers navals… Les errances d’Enzo dans les rues de Gênes sont réchauffées par la musique de Büxtehude que quelques chanceux ont découvert lors de la Folle Journée Bach grâce à ce magicien de René Martin, et L’eau à la bouche de Gainsbourg.

Elle l’a attendu malgré toutes ces années de prison, et à leur manière ils ont assouvi leur rêve de maison au bord de la mer, entourés de leurs chiens, selon le même cycle que dans La divine comédie de Dante : le paradis est d’autant plus précieux à ceux qui se sont brûlés aux flammes de l’enfer.

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