Cycle Akira Kurosawa à la Cinémathèque : l’homme et la violence qu’il déclenche

Noël ! Noël ! Ou plutôt Ooyorokobi (attention à l’accent sur le “Oo”), la Cinémathèque ouvre aujourd’hui la rétrospective consacrée au cinéaste japonais Akira Kurosawa (1910-1998) pour le centenaire de sa naissance. Imaginez la joie des hordes de cinéphiles les plus louches, de ceux qui pleurent lorsqu’ils rencontrent un confrère qui connaît comme eux le nom de l’assistant décorateur de Ben Hur (heureusement qu’ils ne sont pas trop nombreux car il finirait par y avoir une loi contre eux) !

Bien sûr, Akira Kurosawa a beaucoup fait pour devenir le plus célèbre cinéaste japonais en occident, avec sa culture mêlée de Dostoïevski (dont il adapta L’idiot), de Shakespeare (Ran est une adaptation du Roi Lear), de John Ford (toutes ses cavalcades de samouraïs rappellent le maître américain) et de films noirs (sa trilogie Chien enragé, Les salauds dorment en paix et Entre le ciel et l’enfer, qui doit beaucoup aux films noirs américains, est très admirée par James Ellroy).

Mais il est aussi le plus grand cinéaste du rapport entretenu par l’homme et la violence qu’il déclenche. Il est même l’un des seuls à avoir confronté ses héros aux conséquences de leur violence par une autre voie que la rédemption (Scorsese) ou la punition (George Lucas). L’homme dont le frère doubleur de films s’est suicidé et qui a vu son pays ravagé par la guerre en connaissait un rayon en matière de violence. Son plus beau film, Entre le ciel et l’enfer (le 9 juillet à la Cinémathèque), oppose un grand patron de Tokyo à l’homme qui a ravi son fils. Leur face à face à la fin du film est l’une des plus belles scènes de l’histoire du cinéma. Chien enragé (22 juillet) ou la quête d’un policier après son pistolet dans le Tokyo de l’après-guerre est un film d’une poésie inouïe, notamment lorsqu’une pauvre dame s’allonge par terre et contemple le ciel en disant : “cela fait des années que je n’avais pas vu les étoiles”.

Bien sûr, Akira Kurosawa est surtout connu pour ses films de samouraïs, notamment le plus célèbre d’entre eux, Les sept samourais (le 4 juillet à la Cinémathèque), qui a donné lieu à une célèbre adaptation en western par Preston Sturges, Les sept mercenaires. Sergio Leone s’est même emparé de l’intrigue du Garde du corps (le 7 juillet) dans Pour une poignée de dollars. Ce n’est pas un hasard si la rétrospective ouvre ce soir 23 juin sur le plus sublime des films de samouraï, Ran (“Chaos” en japonais), l’adaptation libre du Roi Lear, ou l’histoire d’un roi de l’ère médiévale qui écarte son fils le plus franc de son héritage, pour confier son royaume à ses deux fils les plus cupides.

Akira Kurosawa, ou des seigneurs face à la violence qu’ils déclenchent par leur richesse (Entre le ciel et l’enfer), leur orgueil (Ran), leur courage (Les sept samouraïs, où les guerriers s’effacent devant le courage des paysans qui les oublient)… Quelle part de violence est-elle acceptable en démocratie, n’aura cessé de demander le maître japonais ? Voilà une question que l’on doit se poser tous les jours, que chaque film d’Akira Kurosawa nous pose en nous imposant de voir le monde au-delà de notre position sociale et culturelle.

Cycle Akira Kurosawa à la Cinémathèque Française, du 23 juin au 1er août 2010

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