David Cronenberg, cinéaste viscéral

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Lors d’une rencontre organisée à la FEMIS il y a quelques années, un jeune étudiant avait demandé à David Cronenberg (réalisateur de Dead Zone, La mouche, Crash, Existenz, etc.) les raisons pour lesquelles il avait eu recours à un travelling pour filmer telle scène de Crash (1996). Le cinéaste canadien lui avait alors répondu qu’il ne ferait jamais de cinéma s’il se posait ce genre de question, et que pour sa part il ne faisait jamais de story-board pour ses films (sauf pour les scènes qui comportaient des effets spéciaux), et adaptait la valeur de ses plans aux chorégraphies qu’il créait pour chaque séquence.

Ce parti pris est appliqué de manière éloquente dans Les promesses de l’ombre, avec Viggo Mortensen, Naomi Watts et Vincent Cassel, actuellement sur les écrans, qui sera sans doute le meilleur film que nous aurons l’occasion de voir cette année. La mise en scène de ce film, qui narre l’histoire d’une famille de mafieux russes contrariée par le courage d’une infirmière (Naomi Watts) et le jeu trouble de l’un de ses employés (Viggo Mortensen), est d’une grande sobriété à une époque où les frimeurs et les clippeurs ont envahi les écrans de cinéma. Les scènes de violence, d’une rare sauvagerie, forment les paroxysmes d’un film dont le réalisme crû n’a rien à envier à un Ken Loach.

C’est davantage dans le traitement des corps que l’on retrouve la pâte du cinéaste canadien : corps tatoués, égorgés, transpercés par des lames, etc. David Cronenberg déploie son rêve d’un cinéma qui explorerait l’esthétique de l’intérieur du corps, si longtemps refoulé par l’art en occident, ou euphémisé par des carcasses d’animaux (Rembrandt, Baudelaire). Cette exploration de l’intérieur des corps n’offre pourtant pas de solution à la complexité du monde extérieur. Chaque cicatrice est une trace aussi vivace qu’un souvenir, et le visage blessé de Viggo Mortensen, dans le dernier plan du film, est le révélateur magnifique de son histoire d’amour impossible avec Naomi Watts.

 

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