Paul Verhoeven par Nathan Réra : le corps comme champ de bataille

Black Book

Ce cinéaste néerlandais surtout connu pour RoboCop et Basic Instinct, admirateur de Hitchock et Rembrandt, amateur des histoires violentes des empires (l’Europe chrétienne, les Etats-Unis, le nazisme, l’Europe d’après-guerre, etc.), et trop souvent réduit à ses films les plus cyniques par ses détracteurs (Showgirls et Starship Troopers), fait l’objet d’un beau livre d’interview et d’analyse, Paul Verhoeven, Au jardin des délices par le chercheur français Nathan Réra.

Il était temps de rappeler l’importance de ce grand cinéaste du corps sacré (la beauté virginale de Sharon Stone dans Basic instinct, de Carice Van Houten dans Black Book) et supplicié (le cancer dans Turkish delight, le viol dans Kattie Tipel, l’humiliation et la torture dans Black Book), qui a réussi à se mettre à dos au cours de sa carrière tous les bien-pensants.

Ses films de la période néerlandaise encore trop souvent méconnus en France méritent pourtant toute l’attention des cinéphiles. Triomphes publics aux Pays-Bas, Turkish Delight (la dérive d’un couple d’artistes) en 1973, Katie Tippel (la survie d’une jeune néerlandaise pauvre au début du XXe siècle par la prostitution), Soldier of Orange (la violence de la résistance à l’occupation nazie et le caractère aléatoire des destinées) et Spetters (la dérive de jeunes motards, qui a pu inspirer La vie de Jésus de Bruno Dumont) ont imposé un grand cinéaste que l’on pourrait qualifier de nietzschéen si l’on entendait bien par ce terme l’attention à des personnages qui se situent par-delà le bien et le mal et plus généralement toute forme de morale.

L’histoire du continent européen est violente, ce qu’il rappelle avec force dès son premier film américain (La chair et le sang), tout comme celle des Etats-Unis qu’il n’a cessé d’exposer durant sa période américaine : répression de la violence urbaine par l’ultra-violence des années reaganiennes (RoboCop, Starship Troopers), colonisation de l’espace et des rêves (Total Recall), lutte des sexes pour le pouvoir et l’argent (Basic Instinct, Showgirls).

Même les plus sceptiques ont fini par s’incliner devant Black Book, retour du cinéaste aux Pays-Bas pour l’histoire d’une juive obligée de coucher avec un officier allemand pour survivre dans les luttes de pouvoir au sein de la résistance néerlandaise. L’influence du film est déjà palpable dans toutes les productions américaines qui se penchent sur cette période (Inglourious Basterds, Walkyrie, etc.).

Seul cas connu d’une carrière triomphale dans son pays et aux Etats-Unis dont chaque période suffirait à elle-même pour placer Paul Verhoeven parmi les plus grands, le cinéaste pourrait commencer avec Black Book et son retour en Europe une nouvelle étape de sa quête de représentation d’un monde impur et violent : “Un viol n’est rien de plus qu’une expression de violence. Or si le viol est filmé de manière elliptique, il devient impossible de montrer l’arme du crime. C’est la raison pour laquelle j’ai essayé à pluseiurs reprises, de montrer cette “arme”, à savoir le pénis de l’homme en érection. Personne ne semble éprouver le monidre problème, sûrement pas aux Etats-Unis, lorsqu’au cinéma, un criminel brandit une arme à feu et l’utilise pour tuer ses victimes. Mais lorsqu’il s’agit de “l’arme ultime”, à savoir un pénis en érection, principalement utilisée contre les femmes, les gens dse détournent ! Filmer le mal trop souvent tu, c’est entrer dans une forme de résistance.”

Paul Verhoeven Au jardin des délices de Nathan Réra, Rouge Profond, 22 euros

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