She’s a femme fatale

Qu’est-ce qu’une femme fatale ? La femme fatale est une femme, donc, qui séduit les hommes et cause leur perte. Circé des temps modernes, la plus célèbre femme fatale de l’histoire du cinéma est la fameuse Loulou de Pabst, interprétée par Louise Brooks (dans le rôle d’une sacrée garce), dont la coiffure est toujours à la mode alors que le film date de 1928 (mes grands-mères étaient encore mineures). Dans L’Aurore (1927) de Murnau, souvent considéré comme l’un des dix chefs-d’oeuvre du cinéma, une femme vampirisait un pauvre paysan naïf.

Les subtilités de la femme fatale sont apparues dans le réalisme poétique français, où la femme qui vampirise n’est plus toujours maîtresse de son pouvoir de séduction : Michèle Morgan tombe amoureuse de Jean Gabin et provoque sa perte dans Quai des Brumes (1938) de Carné et Remorques (1939) de Grémillon. Enfin, la femme fatale prendra véritablement son essor durant et surtout après la guerre mondiale dans le cinéma américain, probablement pour éloigner le spectateur des tentacules des femmes-qui-créent-des-problèmes.

La pérennité de la femme fatale tient probablement au fait qu’elle représente le sujet cinématographique par excellence, même si ses traits se sont affinés au fil du temps et grâce aux cinéastes sensibles à la condition des femmes. On distingue globalement trois types de femmes fatales :

– Une perverse ou une folle qui abuse de son pouvoir de fascination sur les hommes. Joan Bennett interprète une véritable garce dans La rue rouge (1945) de Fritz Lang, dans lequel elle présente ses pieds et tend son vernis à ongle à un peintre misérable interprété par Edward G. Robinson, auquel elle déclare “tiens, ce sera ta meilleure oeuvre d’art”. Jean Simmons joue une folle qui envoûte Robert Mitchum dans Un si doux visage (1952) d’Otto Preminger.

– Une victime du regard que les hommes portent sur elle. Celle-ci est débordée par son charme car elle a du mal à assumer le succès que lui apporte sa beauté. Comme dit la mère d’une jeune femme arriviste assassinée dans Naked City (1948) de Jules Dassin (le père de) : “I wish my daughter were born ugly”. La victime tombe aussi sur des hommes violents, tels Yvonne de Carlo dans Criss Cross (sublime scène de danse où De Carlo envoûte son ex interprété par Burt Lancaster) et Gloria Grahame dans Règlement de compte (où elle est défigurée après avoir reçu le contenu d’une cafetière bouillante à la figure).

– Une maline qui sait tirer parti de son pouvoir de séduction. La plus célèbre représentante de cette catégorie est Gene Tierney dans Laura (1944), qui a fasciné plusieurs générations de cinéphiles. La plus complexe des catégories de femmes fatales a également pris le visage de Sharon Stone dans Casino.

Il n’existe pas de limite à l’expression d’une femme fatale puisque le simple fait de filmer un visage de femme est censé envoûter le spectateur. Si ce n’est pas le cas, changez de film. 

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