Etat du court-métrage à Pantin (1) : abondance et frustration, intouchabilité

Un ami qui travaille dans la banque à New York m’expliquait il y a quelque temps qu’on lui avait formellement déconseillé lors de son embauche d’offrir des cadeaux à ses collègues féminines, de les complimenter sur leur tenue et même finalement de leur parler. Après les années cinquante de l’incommunicabilité, voici après les années sida et le puritanisme l’ère de l’intouchabilité.

Deux séries de court-métrages du Festival Côté Court de Pantin explorent ce thème douloureux. Dans la série 3, Thermidor de Virgil Vernier raconte le rêve de royauté d’un semi-clochard de Belleville. Après The passenger qui nous avait agacés l’an dernier en partant à la recherche d’Antonioni sur un air de Chris Marker en occultant l’arrière-fond politique de ces deux cinéastes (la politique est-elle devenue un gros mot pour les jeunes cinéastes ?), Aurélien Vernhes-Lermusiaux revient avec Le rescapé qui confirme son incroyable maîtrise technique. Cette histoire de petit garçon semblant venir d’outretombe qui place tous ceux qu’il croise face à leurs peurs confirme le talent de ce grand styliste.

Hallo Papi de Salma Cheddadi (photo) présente le double (ou triple avec le doux parfum d’orient de la cinéaste) exotisme de nous venir de Germanie avec l’histoire d’une germano-thaïe au téléphone avec son père apparemment de retour au pays. Don’t touch me please de Shanti Masud filme à l’ancienne de beaux jeunes parisiens qui ont du mal à se toucher sur des rocks d’antan. L’ambiance rétro et la beauté des dames font beaucoup pour la réussite de cette carte postale filmée qui fait rêver que les clips soient filmés en plan-séquence.

Dans la série 6, Adieu Molitor de Christophe Régin filme un “espoir déchu”, comme on dit pudiquement, du Paris Saint-Germain. La programmation de ce film est un pied de nez du Festival à la Coupe du Monde qui lui vole quelques spectateurs qui passeront les prochaines semaines à expliquer qu’ils n’aiment pas le foot, mais qu’ils sont invités à une soirée chez des potes. Elle permet aussi de revoir la belle Adèle Haenel de la Naissance des pieuvres et de donner à voir enfin un film qui ressemble à du cinéma sur le foot.

Enterrez nos chiens de Frédéric Serve est un film comme on aimerait en voir plus souvent, un collage d’images sur un fait divers banal de la campagne française, liée à la jalousie d’une vie entre deux hommes racontés en voix off par les excellents Marc Barbé et Denis Lavant (en trois ans de travail au Théâtre de la Croix-Rousse à Lyon, Denis Lavant venu jouer Francis Bacon est le comédien qui m’a le plus ému, le plus impressionné, le plus parlé). La belle Marie Caillois attire les convoitises des deux rudauds qui s’enfoncent dans la haine, dans une atmosphère semi-fantastique qui rappelle l’univers de l’un des invités permanents de ce blog, Jacques Tourneur. On en redemande en 35 mm car la copie vidéo diminue quelque peu l’aspect cosmogonique de ce film ambitieux.

Enfin, Donde esta Kim Basinger ? d’Edouard Deluc raconte l’errance de deux paumés à Buenos Aires. Voilà, et comme dit Jean-Claude Carrière dans le magnifique Copie conforme d’Abbas Kiarostami, “elle veut juste que vous lui mettiez la main sur l’épaule.”

La série 3 (Thermidor, Le rescapé, etc.) sera rediffusée le dimanche 13 juin à 21 heures et le mercredi 16 juin à 19 heures, la série 6 (Adieu Molitor, Enterrez nos chiens, Donde esta Kim Basinger ?) sera rediffusée le dimanche 13 juin à 19 heures et le mercredi 16 juin à 21 heures.

Festival Côté Court de Pantin

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