Hitchcock aux trousses de la mort

Alors que le héros de cinéma classique cherche à résoudre un problème, le héros hitchcockien me fascine car il court au devant des difficultés, et ne trouve en quelque sorte de raison de vivre qu’au coeur du problème. 

Ingrid Bergman est obligée d’accepter la mission que lui confie le FBI dans Les enchaînés (Notorious, 1946), mais elle est encore plus attirée par l’agent Cary Grant qui la jette dans les bras de l’infâme Claude Rains.Dans Fenêtre sur cour (Rear Window, 1954), James Stewart, immobilisé dans son appartement avec la jambe dans le plâtre, recompose en observant ses voisins le terrible meurtre commis par l’un d’entre eux. Regarde-t-il par la fenêtre pour passer le temps ou parce qu’il est aussi voyeur que chacun d’entre nous ?Après avoir perdu la femme qui l’aimait, interprétée par Kim Novak, dans Sueurs Froides (Vertigo, 1958), James Stewart demande à une femme qui lui ressemble étrangement de s’habiller, se coiffer et prendre les attitudes de la défunte… qui n’est autre qu’elle-même. Mais la reconstitution du meurtre simulé sera pour le coup fatal à Kim Novak. Qui des deux Stewart a-t-il le plus aimé, la femme qui fait semblant de l’aimer car elle est payée pour le faire ou celle qui accepte de se prêter à ce jeu car elle est tombée amoureuse de lui?Comme dit Matthieu Amalric dans Rois et Reines en très belle métaphore de héros shakespearien, “l’homme vit sur une ligne droite, il vit pour mourir”. Hitchcock n’aurait pas dit mieux.

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