Comment filmer une scène d’amour ?

Il n’est généralement pas un film, y compris animalier, qui ne comporte une scène d’amour. Après tout, une telle scène est l’effet spécial le moins coûteux et permet, lorsqu’elle est réussie, d’assurer un excellent bouche à oreille au film. Il existe globalement quatre manières de filmer une scène d’amour :

– La vulgaire : les protagonistes sont généralement filmés comme deux morceaux de viande, et force est de constater que le retour du machisme nous impose un certain nombre de scènes vulgaires au cinéma. Dans ce genre de scène, la femme se fait généralement traiter de salope sans avoir rien demander, comme c’est le cas dans 99 F de Jan Kounen, qui sort prochainement.

– L’érotisante : Le cinéma américain est un grand spécialiste des scènes d’amour érotisantes, dont il nous a livré quelques spécimens qui ont fait beaucoup parler d’eux depuis vingt ans : 9 semaines et demi, Pretty woman, Basic Instinct. Ces symphonies du désir utilisent généralement une belle comédienne, une musique feutrée ou des chanteurs à la voix suave (Joe Cooker), des ralentissements, des corps baignés de sueur, des draps en soie, etc. Le risque de la scène érotisante est qu’elle peut provoquer le rire, voire entraîner le cinéaste dans la vulgarité (comme Verhoeven qui signa, après Basic Instinct, Showgirls, film d’une rare laideur considéré comme l’un des plus mauvais de l’histoire du cinéma).

– L’élliptique : Réservée aux fanatiques du hors-champ (ce qu’on ne voit pas à l’écran mais dont la présence est suggérée), aux amis de la censure et aux pudiques. Dans ce cas, la scène d’amour en elle-même est coupée au moment où Madame ôte une bretelle ou, pour les plus audacieux, au moment où le spectateur est à point, mais pas encore saignant. Eric Rohmer, Martin Scorsese ou Luis Bunuel sont spécialistes des éllipses amoureuses.- la naturaliste : Expression des puristes, elle consiste à montrer les corps dans leur franche nudité, sans artifice ni éclairage avantageux. Irréversible nous en offre un bon exemple avec la belle scène de lit entre Vincent Cassel et Monica Bellucci, Histoire de la Violence de David Cronenberg également avec une vraie scène d’amour dans l’escalier par Viggo Morgenstern (Aragorn dans une histoire d’anneau que tout le monde cherche pour d’obscures raisons de nains, elfes et orques hirsutes, etc.).

Voilà en quelque sorte les visages de Cupidon en ce début de XXIe siècle. 

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