Copie conforme d’Abbas Kiarostami : un parfum de Palme d’or

Copie conforme

Les journalistes présents à Cannes ont exprimé leur préférence pour les films Another year de Mike Leigh et Des hommes et des Dieux de Xavier Beauvois, mais il est un film peu considéré par la critique, mais plébiscité par le public depuis sa sortie en France, qui répond mieux à la tradition universaliste du Festival de Cannes, Copie conforme du cinéaste iranien Abbas Kiarostami.

Qu’est-ce qui donne à cette histoire d’adultère toscane entre un essayiste britannique (le chanteur d’opéra William Shimell) et une antiquaire française (Juliette Binoche) un parfum de Palme d’Or ? Tout d’abord un grand artiste, Abbas Kiarostami, Palme d’Or pour Le goût de la cerise en 1997. La maîtrise exceptionnelle de la lumière toscane, de la profondeur de champ (chaque scène se prolonge par l’action qui se déroule dans l’arrière-plan), de la réflexion sur la vacuité de l’art (l’histoire de Laurent de Médicis demandant à Michel-Ange d’imiter l’Antiquité pour augmenter le prix de son oeuvre) et des manifestations de l’incommunicabilité en une année où l’affiche du festival célèbre Antonioni (les personnages ne cessent d’être tirés de leurs émotions par des outils technologiques : portable, console, etc.) font du film un chef-d’oeuvre du Septième art. Ensuite, le contexte pourrait être favorable au film, la récompense suprême pouvant aider par sa médiatisation le cinéaste dans son soutien à son ancien assistant Jafar Panahi (réalisateur du chef-d’oeuvre Le cercle, Lion d’Or à Venise en 2000), actuellement emprisonné en Iran, en exprimant pacifiquement le soutien de la communauté internationale à la liberté d’expression dans ce pays (comme en France, où un prix à Hors-la-loi de Rachid Bouchareb permettrait de rappeler que la mort de 100 Algériens de souche européenne n’est pas tout à fait comparable à celle de 20 à 30 000 musulmans pendant les massacres de Sétif de mai à juin 1945).

Certains argueront sans doute que Copie conforme raconte peu de choses sur l’Iran puisqu’il se déroule en Toscane, mais on sait depuis au moins les Lettres persanes de Montesquieu qu’il est conseillé d’aller voir ailleurs pour savoir où l’on se trouve. A ce titre, il est aussi plaisant de voir un Iranien filmer avec talent les beaux paysages de la région d’Arezzo que d’imaginer les étudiants de la Femis ou Bertrand Tavernier filmer la Seine-Saint-Denis plutôt que les problèmes des aristocrates au XVIIe siècle. Lorsque Juliette Binoche se plaint, dans Copie Conforme, à celui avec lequel elle s’aventure au jeu de l’amour et du hasard, de la violence de la roue du temps qui diminue le désir des amoureux, William Shimell répond justement par un poème persan : “Le jardin du dépouillement, qui en dénierait la beauté ?”

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