Film Socialisme est-il le dernier Godard que vous ne verrez pas ?

Film Socialisme

Jean-Luc Godard, le plus méconnu des cinéastes célèbres (admiré dans le monde entier, de Tarantino qui a donné le nom de sa boîte de production A Band apart en référence à Bande à part, à Mathieu Kassovitz qui a nommé un court Fierrot le Pou en référence à Pierrot le Fou), livre avec son film-essai-poème Film Socialisme, dans la sélection Un certain Regard à Cannes, ce qu’il annonce comme son dernier film. Il est à craindre, vu la manière dont le cinéaste s’est éloigné de son public depuis les années 90, que celui-ci ne sera une fois de plus vu que par les critiques, les cinéastes et les enseignants.

Le parfum de soufre qui traîne autour des dernières sorties du cinéaste, de ses propos provocateurs sur les juifs à son interview dans Les inrocks où il estime que la gauche n’aurait pas dû donner d’intention de vote au second tour en 2002 pour “laisser le pire arriver”, amène à penser qu’un public inhabituel pourrait être attiré par l’obscure clarté du franco-suisse.

Alors de quoi ça cause, Godard ? Comme d’habitude, de Palestine, de la culpabilité de l’Europe et de la souffrance des Russes, de la manière dont le continent s’est asservi aux Etats-Unis après la Libération, mais aussi de sa frontière avec l’Afrique et des croisières de retraités qui communient à la messe auprès des machines à sous. Le début est le plus beau moment du film, qui nous embarque tel Ulysse à visiter l’héritage méditerranéen : Egypte, Palestine, Grèce, Naples, etc. La suite est plus convenue, au milieu d’une famille de pompistes, qui ressemble à ses films-tracts didactiques et brechtiens (épopée, distanciation) des années 70. Tout n’y est pas du meilleur goût, comme cette jeune femme noire vêtue d’un haut de maillot aussi vulgaire qu’un clip de Lady GaGa.

Godard est pourtant un grand cinéaste lorsqu’il nous annonce par le biais d’une belle jeune femme “qu’il ne veut pas mourir avant d’avoir revu l’Europe heureuse”. Il redevient celui qui a réalisé le premier film interdit en France pour des raisons politiques (Le petit soldat, sur la guerre d’Algérie), qui a eu la prémonition des révoltes étudiantes (La chinoise) et filme aujourd’hui des Etats pris de peur à l’idée de porter secours aux pays auxquels ils doivent leur civilisation : Egypte, Palestine, Grèce. Il est difficile d’imaginer Godard heureux lorsqu’il appelle à faire passer la Justice avant la Loi, mais un homme qui rêve non pas d’Etat, mais de société, car “le rêve des Etats c’est d’être seul, le rêve des individus, c’est d’être deux“, mérite sa place au Panthéon de l’imaginaire.

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