Copie conforme de Kiarostami : à défaut de vivre toutes les vies, joue les

Copie conforme
Rappelle-toi, quand tu as rêvé d’une autre vie avec une belle ou un bel inconnu comme la célèbre passante de Baudelaire “O toi que j’eusse aimé, ô toi qui le savais”, ou même à un amour interdit avec une personne toute proche et si lointaine. Copie conforme d’Abbas Kiarostami parle de ce rêve sur un air de chanson d’amour italienne.
Enfants de Babel, nous pouvons vivre des amours en trois langue, comme Juliette Binoche, antiquaire française à Arezzo en Italie, tombant amoureuse d’un écrivain anglais, William Shimell. C’est surtout l’indiscrétion d’une tenancière de bar qui précipite l’histoire. Elle les prend pour un couple alors qu’elle promène l’écrivain, ils entrent dans le jeu de rôle du vieux couple : “depuis quand n’as-tu pas participé à un petit-déjeuner avec notre fils ?”, “Et toi, depuis quand n’as-tu pas souri au petit-déjeuner ?” On ne joue pas impunément au jeu des disputes-réconciliations, mais la mise en scène d’un amour exalte ces amants virtuels.
Le cinéaste iranien ne manque pas d’humour, lorsqu’il ausculte les dérives d’une société qui a tout pour être heureuse mais se réfugie dans ses téléphones et ses consoles de jeux, ou qu’il filme les jeunes mariées au début du rêve… ou du cauchemar. Le scénariste Jean-Claude Carrière y hérite d’un rôle de touriste qui semble disputer sa femme, avant que l’on comprenne qu’il parle à son téléphone. Juliette Binoche s’enflamme pour une peinture qui représente la copie d’une fresque, admirée dans ce musée en sa qualité de copie “plus belle que l’original”.
“Quand il y a à voler, je vole”, disait Picasso. Copie conforme est le film des vies volées à la mort et à l’oubli, des moments où l’on a surmonté nos peurs pour nous décider à vivre notre vie décidément plus belle que toutes celles auxquelles elle ressemble.
Etrange époque où l’on voit l’Iran s’enflammer et un cinéaste y faire son cinéma comme il l’entend, même s’il filme pour la première fois en dehors de son pays. Où le monde vit la plus grave crise financière depuis la seconde guerre mondiale, mais où les peuples semblent trop interdépendants pour se consoler dans des rêves de guerre. Grâce à Abbas Kiarostami, nous voici devenus comme Clotilde Reiss un peu Iraniens.

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