Matt Damon et moi

La plus belle surprise qui nous provienne du cinéma américain depuis quelques années est sans contestation possible l’acteur Matt Damon. Je suis avec beaucoup d’attention la carrière de l’auteur, acteur et producteur depuis Will Hunting, réalisé par Gus Van Sant, écrit par Matt Damon et son compère Ben Affleck qui joue également dans le film, ainsi que Robin Williams.

L’histoire du surdoué asocial et autiste interprété par Matt Damon dans Will Hunting m’avait particulièrement touché pour une phrase lapidaire prononcée par Ben Affleck à son attention. Alors que Matt Damon lui disait qu’il souhaitait rester vivre en banlieue auprès de son ami d’enfance plutôt que de vivre la carrière promise par son talent, Ben Affleck lui répondait qu’il le tuerait s’il n’accomplissait pas tous les possibles qui lui étaient offerts. Sous cette trame classique du cinéma d’action américain (qui pourrait se résumer par un mot que les cinéastes connaissent bien et qui explique la main-mise du cinéma américain sur les écrans du monde entier, “action !) s’affirmait un triomphe de la vie rarement égalé au cinéma.

Mon amitié pour Matt Damon a ensuite décuplé pour avoir, dans sa peau, mis à sac l’ambassade américaine de Zurich, roulé sur les quais de Seine à Paris en contre-sens, échappé à un dangereux tueur en Inde, ravagé les voies souterraines de Moscou, couru sur les toits de Tanger à la recherche d’un autre tueur et échappé à toutes les polices de New York. Les amateurs auront reconnu la trilogie Jason Bourne, tirée d’un roman de gare “plus” de Robert Ludlum (qui a probablement inspiré la BD XIII) écrit sous fond de guerre froide, et adapté en français sous les titres de La mémoire dans la peau, La mort dans la peau et La vengeance dans la peau.

Le traitement de l’amnésie dans la trilogie Bourne la situe très clairement dans un thème ultramoderne (si l’on en croit Chris Marker qui disait dans Sans soleil en 1982 : “l’Europe est incapable de construire sa mémoire”, sous-entendu parce que ses multiples mémoires sont en perpétuel affrontement) qui a donné lieu à quelques films à succès au cours de ces dernières années : Mémento, Se souvenir des belles choses, en un sens Fight club (bien qu’il s’agisse dans ce film davantage de schizophrénie), etc.

Mais l’intérêt majeur de la trilogie Bourne réside principalement dans l’inquiétude du héros, qui fait oublier “le machisme, l’impérialisme et le racisme de James Bond” (dixit Matt Damon) pour imposer un héros coupable, aimant et sensible. Enfin, Matt Damon serait en tournage avec Paul Greengrass, le réalisateur de La mort dans la peau et La vengeance dans la peau, d’un film consacré à la guerre en Irak. Espérons que ce film sera l’occasion de présenter la dignité du peuple irakien, mais ce point sera au coeur d’un prochain blog.

 

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