Robin des bois de Ridley Scott : accroche-toi aux flèches, j’ôte les selles

Robin des Bois

La réparation d’une injustice, voilà le grand thème du cinéma américain, le cinéma français s’étant construit autour de l’exposition d’un rapport de force, ceci expliquant un peu pourquoi le public préfère souvent le premier. Avant l’invention des super-héros par des auteurs de BD juifs de Cleveland pour se venger des persécutions vécues par leurs ancêtres, le plus célèbre redresseur de torts du monde anglo-saxon était Robin des Bois.

Les collants verts d’Errol Flynn m’ont toujours fait rire, même lorsque je le regardais en pyjama à nounours sur le canapé de mes parents. La version avec Kevin Costner a eu le mérite d’imposer en Morgan Freeman un musulman éclairé, mais c’était avant que Ben Laden et George Bush ne trouvent dans la peur de l’autre un bon moyen de souder leurs forces.

Ridley Scott nous offre un Robin des bois à la mode, un brin déconstructionniste comme le Batman, Le chevalier noir de Christopher Nolan, en allant aux sources du mythe sans toutefois transformer le hors-la-loi de Nottingham en anti-héros comme la première version du scénario semblait l’entendre. Il y sera vaguement question de soutenir le peuple contre la tyrannie et des jolies courbes des Françaises. Ceux qui ont grandi avec les cavalcades des films de John Ford (confère le pyjama) se réjouiront de voir Russell Crowe tenir en selle et décocher des flèches que la technologie nous permet de suivre jusqu’à ce que cible se perce. Tout cela se termine par un débarquement copié sur celui du Soldat Ryan de Spielberg, dont il est toujours plaisant de prononcer le nom dans les cercles cinéphiles, rien que pour entendre les puristes faire “beuh…”. C’est pourtant autrement plus puissant que le grand vide d’une partie de la production française, comme si Madame Bovary, Les fleurs du mal ou La religieuse de Rivette ne parlaient de rien, eux qui furent interdits en leur temps. Du nouveau, réclamait le père Baudelaire au bord de la tombe. La grande machinerie hollywoodienne renouvelle ses outils à défaut de changer de sujet, même si les personnages féminins deviennent plus profonds, plus mystérieux et courageux avec le temps. Allez voir Robin des bois pour le visage grave de Cate Blanchett qui semble toujours sortir d’un tableau préraphaélite. Il faudrait la filmer une heure et demie, noyée dans l’eau d’une rivière, le visage entouré de fleurs, et on appellerait le film Ophelia.

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