Noctambules de Mathieu Tuffreau au Festival Côté Court de Pantin

Je changeais de sujet lorsqu’on me demandait jusqu’en avril 2009 si je faisais du cinéma. Un vendredi de ce mois, alors que je m’apprétais à tourner le premier plan de Noctambules, l’équipe du festival dirigé par Jacky Evrard m’a appelé pour me dire que j’étais bien un cinéaste et que la preuve, c’est que mon western breton Les moissons faisait partie de la sélection du festival en juin. Vous imaginez que depuis cette date je GUEULE dans les repas de famille que je fais du cinéma.
Noctambules est un polar avec un jeune chien fou comme dans les romans de Barbey d’Aurevilly, une femme fatale comme dans les films de Howard Hawks, en noir et blanc comme dans les films de Jacques Tourneur, une juive qui ressuscite comme le Christ et une Algérienne qui résiste comme Djamila Bouhired.
Le film est joué pour les rôles principaux par Eric Challier qui est le meilleur choix pour une adaptation de Radieuse Aurore de Jack London (croyez-moi, ce sera un ton au-dessus de There will be blood), Jonas Bloquet qui est la révélation d’Elève libre, et Kahina Carina, la SEULE comédienne qui raconte ce que devra être le XXIe siècle, à la fois juif, chrétien, musulman et sans religion, pur et sensuel. Vous verrez aussi dans cette production internationale Gérard Mesguich, Linda Bahi, Amine Bahi et Gaspard Demortain-Nicolas en bébé qui regarde sa mère hors-champ.
Le film est cadré et éclairé par Jean-Baptiste Gerthoffert, qui a dû être africain dans une autre vie vu ses goûts musicaux. Pierre Carlier et sa moustache sont au son, assistés de Nicolas Renon qui tenait la perche avant de tomber amoureux d’une Californienne en Californie. Arthur Perret est le premier assistant, Valérie Pszonka est la scripte et les décors sont d’Agnès Conan. C’est produit grâce à l’aide de Marie-Josée Collet de Ciné Lumière à Aubervilliers. Noctambules est sélectionné à la 19e édition du Festival Côté Court de Pantin, il sera projeté le 11 juin à 22 heures et le 15 juin à 18 heures.

Un grand cinéaste des années 50 et 60 était nécessairement heideggerien, fils de l’être-là et de l’angoisse (Antonioni, Bergman) ou brechtien, enfant de l’épopée et de la distanciation (Godard, Resnais, Marker, Kurosawa, etc.), un cinéaste des années 2000 est forcément un héritier d’Emmanuel Lévinas, du visage et de l’altérité, et pour les cinéastes dont les premiers films ont été montrés au Festival Côté Court de Pantin, l’altérité sexuelle et de sexe (Laetitia Masson, François Ozon), l’altérité sociale ou ethnique (Laurent Cantet, Palme d’or pour Entre les murs), etc. On parlera peut-être dans vingt ans de l’école du festival Côté Court de Pantin et de Jacky Evrard, et on se demandera si le jeune homme du magnifique Nice de Maud Alpi a compris que sa mère ne l’aimait pas, si le personnage de Lucie Borleteau dans Les voeux préfère faire l’amour seule ou avec son prince charmant, et pourquoi le personnage de Kahina Carina ressuscite dans Noctambules. Méfiez-vous : je défendrai le film avec corps et armes.

Festival Côté Court de Pantin , du 9 au 19 juin 2010, 104 avenue Jean Lolive, Pantin, métro Eglise de Pantin.

A ne pas manquer durant le festival, en dehors des nombreux programmes de court-métrages récents, la rétrospective Du corps à l’image, avec notamment une soirée Marina Abramovic, qui fait actuellement fureur au MOMA de New-York (voir blog du 28 avril ) le 16 juin à 18 heures, les compères de la Nouvelle Vague Godard, Rozier et la Truffe l2 juin, les grands noms de la danse contemporaine (Sidi Larbi Cherkaoui et Vandekeybus) les 11 et 12 juin, et le programme Lune Froide, film de Patrick Bouchitey que je n’ai pas pu voir à sa sortie pour une interdiction aux moins de 16 ans, mais dont le pouvoir fantasmatique explique en partie Noctambules, le 14 juin à 18 heures.

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