Nous irons voir Hors la loi de Rachid Bouchareb, ou le retour du refoulé colonial

Hors-la-loi

Le Festival de Cannes n’existerait pas sans ses scandales, et cette année c’est Hors la loi de Rachid Bouchareb, avec Djamel Debbouze, Sami Bouajila, Roschdy Zem et Bernard Blancan, en compétition, qui ouvre le bal. Un article paru dans Le Monde du 4 mai 2010 indique que le Député UMP des Alpes-Maritimes Lionnel Luca s’indigne de la volonté du cinéaste de “rétablir la vérité” en exposant la violence perpétrés par les civils de souche européenne et l’armée coloniale en mai 1945 dans les environs de Sétif et Guelma en Algérie, le député estimant que “le 8 mai 1945, c’est d’abord le massacre des Européens”.

Il s’est effectivement tenu, le jour de l’armistice en France et donc à l’époque en Algérie, des manifestations de grande ampleur en Algérie autour du mot d’ordre “à bas le fascisme et le colonialisme”. A Sétif, la police a tiré sur la foule. La manifestation a dégénéré en émeute avant de s’étendre aux villes voisines, pour causer la mort le 8 mai, selon l’historien Jean-Louis Planche (Sétif, Edition Perrin), de 29 Européens, pour un total selon l’historien Benjamin Stora de 103 tués et 115 blessés de cette communauté au cours des émeutes. A partir du 8 mai, et pendant huit semaines, les civils et l’armée coloniale allaient procéder au massacre de 20 000 à 30 000 Musulmans (45 000 selon les historiens algériens) : “le chiffre des morts a été identique à celui de la Commune de Paris, et le rythme des mises à mort, 400 à 500 par jour, celui d’une boucherie quotidienne.” (Jean-Louis Planche).

Marcel Reggui, citoyen français né musulman, puis converti au catholicisme, a livré un témoignage accablant des massacres dans son journal paru chez La Découverte, Les massacres de Guelma : “A coups de crosses et de triques, à trois ou quatre miliciens, avec un zèle jamais las, toujours enthousiaste, ils battaient le musulman, partout, sur la bouche, sur le front, sur les parties sexuelles, sur le dos, sur les tibias. Et longtemps. Longtemps. Ni cris, ni prières, ni hurlements ne les arrêtaient.”

Le 25 avril 2010, le New York Times s’interrogeait à propos de la publication du livre d’un polémiste français adoubé par certains médias pour défendre l’assimilation plutôt que l’intégration, sur l’intérêt qu’il y avait à s’accrocher à une image révolue de la France, plutôt que de constater la diversité de la francophonie, et la qualité des auteurs qui la défendent. A ce titre, le journaliste Michael Kimmelman interrogeait le prolifique écrivain Mohammed Moulessehoul, plus connu sous son nom de plume Yasmina Khadra, qui expliquait qu’il avait décidé de devenir écrivain de langue française après avoir lu Albert Camus à 15 ans dans cette langue, car dit-il, “je voulais répondre à Camus, qui a écrit sur une Algérie dans laquelle il n’y avait pas d’arabes. Comme disait l’écrivain francophone Kateb Yacine, je voulais “dire aux Français que je ne suis pas Français.” C’est bien là le coeur du problème colonial, la création d’un système qui niait l’existence et l’humanité de la majorité des habitants du peuple algérien, et il sera heureux de préférer l’histoire à la non-repentance et les films à la censure, pour dire sa colère tant que l’autre ne sera pas devenu le même en France.

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