Nus de Marina Abramovic au MOMA : provocation et puritanisme


Il faut être bien hypocrite pour ne voir qu’une manoeuvre dans la présence de deux adultes nus (deux femmes ou deux hommes) à l’entrée d’une pièce du plus célèbre musée d’art moderne au monde, le MOMA de New-York, à moins de considérer que les nus de Raphaël, le Titien, Goya, Ingres, Manet ou Modigliani n’ont d’intérêt que pour des rapports de formes et de couleurs.

La performeuse Marina Abramovic, née en 1946 dans ce qu’on appelait la Yougoslavie, new-yorkaise depuis 2001, fait l’objet d’une rétrospective, The artist is present, au prestigieux MOMA, dans un parfum de scandale. Celle qui n’aura cessé d’utiliser son corps comme surface de travail, présente ici ses oeuvres les plus célèbres.

Avec Rhythm O, réalisé, en 1974; elle proposait aux visiteurs de marquer son corps avec les objets suivants : marteau, couteaux, chaîne, fouet, roses, clous, revolver, etc. Elle laissait les spectateurs disposer librement de son corps, la déshabillant, la griffant ou la mutilant. On imagine aisément le plaisir que prenait certains spectateurs à humilier l’artiste qui finissait parfois la journée en pleurs. Avec Imponderabilia en 1977 à Bologne amenait les spectateurs à franchir le seuil du musée dans l’espace étroit laissé entre les corps nus de la plasticienne et de son compagnon. La performance a fini par être interdite par la police italienne.

L’artiste n’aura cessé d’interroger la violence infligée par les hommes aux femmes, et c’est finalement le puritanisme qui lui a donné raison : nous voilà 33 ans plus tard, et il est désormais interdit de toucher les performeurs qui ont pris la place de l’artiste pour ouvrir le passage d’une pièce, se couvrir d’un squelette (l’artiste a été très marquée par la guerre en Yougoslavie dans les années 90), ou trôner nue sur un siège de vélo, au milieu d’un mur, au-dessus du sol, dans une position christique. La rétrospective de l’oeuvre de Marina Abramovic marque l’aboutissement de la lutte des femmes au XXème siècle pour être considérées comme le même, et non plus l’autre, selon la belle formule de Simone de Beauvoir à propos des femmes chez Stendhal : “une conscience autre qui dans la reconnaissance réciproque donne au sujet autre la même vérité qu’elle reçoit de lui.”

2 thoughts on “Nus de Marina Abramovic au MOMA : provocation et puritanisme

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