Greenberg avec Ben Stiller : la vie des inadaptés

GreenbergOn comprend mieux l’importance de The big Lebowski (1997) des frères Coen en observant tous les petits frères du Dude, les glandeurs et les nuls qui ont conquis le droit de cité dans le cinéma américain au-delà du film social.

Ben Stiller, expressif comme Buster Keaton, prête ses traits à ce Greenberg de Noah Baumbach, quadra dépressif et paranoïaque, tout juste sorti de l’hôpital psychiatrique, clown triste réfugié dans l’immense maison californienne de son frère pendant que celui-ci poursuit sa fortune en Asie. Il rencontre l’assistante peu dégourdie de son frère et se met à rêver de devenir quelqu’un de presque normal.

Seulement voilà, il a décidé de ne “faire presque rien” à part se passer un bâton de crème sur les lèvres et écrire tout son mépris aux puissants : American Airlines, Starbucks, le maire de New York Michael Bloomberg, etc. Or l’autiste fait rarement rêver les jeunes femmes, encore moins lorsqu’il devient agressif avec sa manière de dire ses quatre vérités à son entourage : à son ancien confrère d’un groupe de rock que leur échec artistique est lié au fait qu’il était tout le temps défoncé, aux jeunes d’aujourd’hui que leurs goûts musicaux sont bons à utiliser en suppositoires, à sa nouvelle compagne qu’elle n’a pas à vivre des amours d’adolescent avec lui, etc.

Les films indépendants américains sont devenus aussi prévisibles (doux-amers) que les films sociaux français (tragiques), et il ne faut pas attendre une révolution de ce Greenberg. Simplement, les amis de l’Amérique se réjouiront de constater la vitalité, en cette période de crise, du désaxé, de George Clooney dans Up in the air à Ben Stiller ici, de ceux qui passent leur vie à se cogner contre les murs, de retour en enfance et en colère, les deux plus grandes passions du cinéma.

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