Mammuth de Delépine et Kervern : du silence et des odeurs

Mammuth

Mammuth est le bilan des “trente pleureuses”, pendant lesquelles le taux de chômage moyen a toujours flirté avec les 10 %, les classes moyennes se sont battues pour ne pas dégringoler en misant sur l’éducation, et les classes populaires en ont pris plein la gueule.

Honneur à notre ogre national, le Gérard Depardieu, qui redevient régulièrement un monstre de cinéma, épaulé il est vrai par la bande des réalisateurs et auteurs de Groland : la tendresse de Yolande Moreau, les yeux bleus à se damner d’Isabelle Adjani, la voix caressante d’Anna Mouglalis, la misanthropie de Benoît Poelvoorde, le sourire malicieux d’Albert Delpy pour une monumentale scène de masturbation collective entre cousins…

Serge Pilardosse donc part à la recherche de ses trimestres manquants pour toucher une retraite plus décente, et visite en moto les lieux de ses galères passées, traçant une carte du vide et de la solitude à crever : cimetière, fête foraine, boîte de nuit, maison de retraite, etc. Il se fait voler par une vamp qui se défend d’un “nous on auras (sic) pas de retraite”. Comme dans Louise Michel, le précédent opus du duo, le bon goût est martyrisé à coups de pelle avec un humour à la Reiser qui rappelle qu’il ne faut pas oublier que l’homme est comme disait ce bon Rabelais, avant tout un trou. Mais les deux mal peignés de réalisateurs sont des tendres, et s’ils nous convient à un éloge du poil, c’est pour mieux nous apprendre à vivre avec nos impuretés.

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