Comment filmer les gangsters ?

Les gangsters et les artistes ont le même statut vis-à-vis du public. On les admire, mais on souhaite qu’à la fin ils échouent” Stanley Kubrick, L’ultime razzia, 1956

Le cinéma met en scène depuis ses origines des femmes amoureuses et des mauvais garçons, ces derniers ayant acquis dans les pays pacifiés le statut de derniers aventuriers. La présence sur les écrans de Viggo Mortensen dans Les promesses de l’ombre en superbe mauvais garçon cousu de cicatrices et de tatouage, mais superbement habillé d’un costume cravate impeccablement repassé, nous ramène au bon souvenir des gansters qui ont fasciné les plus grands cinéastes.

La méthode Melville : les derniers chevaliers. La sortie du remake du Deuxième souffle ne doit pas faire oublier l’immense chef-d’oeuvre de Jean-Pierre Melville du même nom, dans lequel Lino Ventura erre entre Paris et en provence après s’être échappé de prison. Les héros du Samouraï (Delon, glacial), du Doulos (Belmondo, impressionnant de sobriété) sont toujours des bêtes traquées, prêtes à tout pour sauver leur honneur avant de rendre leur dernier soupir. Avant de mourir dans Le deuxième souffle, Lino Ventura donne au policier venu l’arrêter (Paul Meurisse) le carnet qui prouve qu’il n’a pas dénoncé ses collègues. Le policier fait tomber celui-ci au milieu des journalistes pour respecter son code de l’honneur.

La méthode Coppola : des rois sans divertissement. Bien sûr, les gangsters du Parrain I, II et III n’existent pas dans la réalité, pas plus que Mickey Rourke et sa veste “d’intellectuel français à la Camus” (c’est-à-dire un peu vain, dixit Coppola) dans Rusty James. Les gangsters sont généralement des beaufs cyniques et machos qui frappent leur femme, pas d’élégants gentlemen comme Marlon Brando ou Al Pacino. Mais les films de Coppola agissent comme des chansons de geste médieval : oubliez la réalité, prenez la légende de ces rois qui édifient des palais pour tromper leur ennui.

La méthode Scorsese/De Palma : des gamins nés au mauvais endroit qui veulent pouvoir dire leur nom. “You’re talking to me ?” (De Niro dans Taxi Driver) et “I’m Tony Montana” (dernière phrase d’Al Pacino dans Scarface) bien sûr, deux bad boys nés dans les égoûts, le premier ancien du Vietnam, le second cubain exilé aux Etats-Unis par la révolution castriste. Ce dernier modèle a le plus de succès, tant on le voit reproduit sur les T-shirt, les casquettes et dans les chambres des lascars. Mais il est souvent la simple métaphore de centaines de milliers de jeunes gens qui voudraient qu’on les respecte même s’ils ne s’appellent pas Pierre ou François.

 

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