Green Zone : Matt Damon est-il mon frère ?

Green Zone

L’inconvénient avec les films dont on connaît la fin, comme dans une célèbre histoire de bateau qui coule, c’est qu’il vaut mieux soigner le milieu. On a presque cru que les Irakiens allaient se mettre à faire des phrases dans le cinéma hollywoodien, mais le gentil arabe de service se voit affubler d’un nom de caniche (Freddy) et Green Zone ne révolutionnera ni le film de guerre avec ses gros sabots, ni le cinéma politique avec sa bonne conscience.

Ta mère dans la peau et La mémoire dans la peau, qui réunissaient le même duo Greengrass/Matt Damon, fonctionnait à bloc sur le mystère et la théorie du complot. Ici, le complot est connu, plus de mystère. Peter Harling, le meilleur spécialiste du conflit irakien, nous explique depuis des années que le grand cirque de 2003 était couru d’avance, dans un pays où quelques heures avant l’invasion américaine, Saddam Hussein inspectait ses hommes dont certains étaient armés de lance-pierres (sic). “Le spectateur ne va pas au cinéma mettre un bulletin dans l’urne” disait Truffaut, et Paul Greengrass aurait été bien inspiré de retourner la phrase dans sa bouche plutôt que de nous servir un Jason Bourne en Irak sans mystère autour d’un courageux officier américain qui cherche à démontrer l’inexistence d’armes de destruction massive.

Alors bien sûr, nous irons voir Matt Damon, mon frère américain, même s’il n’a pas le célèbre nez de Savenay. Qui d’autre peut errer dans les rêveries antonionesques de Gus Van Sant (Gerry), l’histoire vraie d’un mythomane moustachu qui trompe son entrepreneur et la CIA (The informant) ou devenir un homme d’action rongé par le doute ? Il n’est pas interdit d’aller voir ses amis au cinéma.

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