Les naufragés du fol espoir : le cinémascope selon Ariane Mnouchkine

“La première fois que je suis entré au théâtre, disait ce bon Nicolas Riedel, je ne savais pas où placer mon regard parce que le cinéma m’avait trop habitué au cadre.” La grande patronne du théâtre, Ariane Mnouchkine, en tout cas la nôtre puisque les critiques ne parlent jamais que de soi, a résolu le problème en mettant en scène un tournage au début de l’histoire du cinéma, en croisant les récits de Jules Verne et les improvisations de sa troupe sur le grand plateau du Théâtre du Soleil à Vincennes.

Nous devenons tous archéologues lorsque nous mettons le nez dans une oeuvre d’une autre époque, mais il n’est pas interdit de les exhumer car Le rouge et le noir, comme dirait Yves Ansel, nous parle toujours d’ambition, Madame Bovary nous parle toujours de surendettement et de puritanisme, et Jules Verne nous parle toujours d’utopie de cette fin du XIXe siècle qui rêvait le monde en Technicolor.

Nous qui sommes entrés la première fois dans un théâtre par Madame Mnouchkine, une première fois comme spectateur à Vincennes un soir de 1995 pour un Tartuffe adapté à la montée d’un islam anti-féministe en Algérie, une seconde fois comme professionnel aux Subsistances de Lyon en 2000 pour les Tambours sur la digue inspirés des désastres écologiques provoqués par la politique du gouvernement chinois, avons gardé une immense tendresse pour cette grande dame et ses spectacles flamboyants qui ressemblent à la réalisation d’une utopie depuis les quarante années d’existence de la troupe. Les grands artistes sont des êtres qui renouvellent l’imaginaire de leur époque, et Ariane Mnouchkine aura créé la commedia dell arte de la seconde moitié du XXe siècle, avec ses personnages achétypiques qui décrivent dans Les naufragés l’utopie de tel patron de cabaret qui rêve de cinéma comme Méliès et Feuillade, de tel aristocrate hongrois qui rêve d’un monde meilleur, de telle bonne soeur qui rêve de sauver les indiens d’Argentine du massacre perpétré par les pionniers de la vieille Europe.

Les fantasmes de Jules Verne pour un monde rendu meilleur par la science et le progrès se sont abîmés dans la gadoue de Verdun et la violence du colonialisme, et c’est un monde qui aspire au contrat social de Rousseau que décrit l’auteure des Naufragés, Hélène Cixous. Il faudra s’accrocher bien sûr, car l’odyssée dure 3 heures 50 entracte compris (j’ai compté 32 minutes de trop, pour 47 minutes de trop dans Le tramway à l’Odéon), mais le message est d’une importance capitale : enfant du XXIe siècle, parviendras-tu à assouvir tes rêves sans broyer ton prochain ?

LES NAUFRAGES DU FOL ESPOIR se jouent :
les mercredis, jeudis, vendredis à 19h30, les samedis à 14h et à 20h, les dimanches de mars et avril à 13h, les dimanches de mai et juin à 14h. Le spectacle dure 3h50.
Prix des places : Individuels : 25 € — Collectivités : 20 € — Etudiants et scolaires : 14 €

Location : 01 43 74 24 08, tous les jours de 11h à 18h
- Ils jouent jusqu’au 27 juin, puis à partir du 15 septembre 2010.
- La location pour la rentrée ouvrira le 23 avril.
- Relâches exceptionnelles : les 7 et 21 avril — les 12, 13, 14, 15, 16 et 19 mai — les 2, 16 et 23 juin.
- Le placement est libre, ils ouvrent les portes de la salle 1 heure avant le début du spectacle.
- Pour venir à la Cartoucherie…

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *