White Material de Claire Denis : la revanche des Noirs

White Material

C’est le personnage le plus célèbre de l’imaginaire colonial, le planteur de café, vendu au XIXe siècle aux colons pour les attirer en Afrique, rendu célèbre dans la littérature par les souvenirs Out of Africa de Karen Blixen, devenu un film de Sydney Pollack célébré par certains comme un magnifique portrait de femme, rejeté par d’autres comme un film naïf sur le colonialisme à visage humain.

Chez Claire Denis, c’est Isabelle Huppert qui colle au personnage de planteuse de café d’un pays africain imaginaire (le film est tourné au Cameroun, où Claire Denis passa son enfance) où des rebelles arment des enfants soldats qui se soulèvent contre le pouvoir et ceux qui l’arment et le soutiennent, les Blancs. A son équipe habituelle, comme les musiciens de Tindersticks et le comédien Isaak de Bankolé, viennent notamment s’ajouter la romancière Marie Ndiaye au scénario, Goncourt 2009 pour le magnifique Trois femmes puissantes (et Lucie Borleteau, réalisatrice talentueuse de court-métrage dont nous avons déjà dit beaucoup de bien dans ce blog), et Christophe Lambert, émouvant comme à ses débuts.

L’Afrique s’enflamme trop régulièrement pour que l’on ne puisse pas juger réaliste ce récit de chaos et d’insouciance, même si on a déjà vu Isabelle Huppert jouer ce rôle de femme résistante au bord de la folie, et encore il y a un an dans l’adaptation bancale du plus beau roman de Marguerite Duras, Le barrage contre le Pacifique. Comme toujours chez Claire Denis, la beauté est noire sans naïveté sur les douleurs du continent. Les Blancs qui ont tout à perdre pataugent entre leurs affaires, leur culpabilité et leur ennui, les Noirs subissent leur violence physique et sexuelle, la misère et s’entretuent. Regarde la colère des Noirs monter, dit Claire Denis, qui change d’arme après avoir tenté pendant plus de vingt ans de nous demander de les regarder.

1 thought on “White Material de Claire Denis : la revanche des Noirs

  1. Lambert est effectivement formidable dans “White Material”. C’est le personnage le plus attachant je trouve. Ambigu, en retrait, protecteur, désenchanté.

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