Blanc comme neige et le problème du cinéma gris

Blanc comme neige

“Le film noir, c’est avant tout une question d’esthétique” a dit à peu près Martin Scorsese, qui s’y connaissait bien avec les points chauds de la lumière de Robert Richardson dans Casino. Les sujets âpres comme la triste histoire de ce vendeur de voiture à succès (François Cluzet) de Blanc comme neige de Christophe Blanc embarqué dans les combines de son associé (Bouli Lanners) n’ont pas besoin d’être filmés grisement pour être crédibles. Regarde, mon frère, les tons rouges des films d’Almodovar et les tons jaunes des films de David Fincher. Il faudra chercher un jour pourquoi notre beau pays produit davantage de grands chefs opérateurs que de grands cinéastes, et pourquoi Blanc comme neige ressemble autant aux films A l’origine ou Rapt dans des teintes grisâtres qui ne correspondent ni au décor (Marseille !) ni à l’ambiance. Chaque image des films des frères Dardenne, qui se déroulent pourtant dans les plus tristes quartiers de Liège en Belgique, semble irradier de toute part.

Le film ne manque pourtant pas de talents avec des comédiens de premier plan, les excellents Olivier Gourmet et Jonathan Zaccaï et l’impressionnante Louise Bourgoin, mais il s’en dégage une impression terne qui refroidit l’enthousiasme. La nudité d’une belle jeune femme dans une piscine tombe à l’eau comme de multiples effets téléphonés, des rêves de massacre à la conversation avec un mort. La nudité doit s’inscrire dans l’esthétique du film, en soulignant le manque d’érotisme du quotidien du couple lorsque Julianne Moore se dispute pubis à l’air avec son époux dans Short cuts, ou en insistant sur la provocation lorsque Sharon Stone écarte les jambes devant les policiers qui l’interrogent dans Basic instinct.

Alors bien sûr, il faudrait voir Blanc comme neige pour son respect absolu de l’un des impératifs du film noir, la femme fatale, en la qualité de Louise Bourgoin, qui rejoint avec son air insaisissable les très grandes comédiennes du genre en France, d’Isabelle Adjani à Marion Cotillard. C’est bien là le problème du cinéma de genre, qui impose de respecter un certain nombre de règles (esthétique, rythme, femme fatale, tragédie) à l’intérieur desquelles chacun peut s’amuser à livrer ses obsessions : les pulsions de meurtre chez Fritz Lang, la puissance de l’imaginaire chez Jacques Tourneur, le devenir-enfant des hommes devant les belles femmes chez Truffaut, le cloisonnement des classes sociales chez Chabrol, etc. Mais rompez l’une de ces règles, par exemple en fermant le rideau sur l’éloge du “Contente-toi de peu” et du saucisson, et le genre tire sur le cinéaste.

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