Bad Lieutenant à la Nouvelle Orléans : le pouvoir des anthropophages

Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans

Le plus difficile avec la représentation des personnages camés au cinéma consiste à éviter les deux écueils de la complaisance et de la morale. Les meilleurs films du genre s’en sortent en présentant leurs protagonistes comme des anges déchus après avoir atteint le Nirvana. Bad Lieutenant, Escale à La Nouvelle Orléans de Werner Herzog est de ceux-là.

Du film de Ferrara du même nom, il reste ce personnage archétypique, policier véreux prêt à tout pour se procurer de la drogue et assouvir ses vices. Le New-Yorkais Harvey Keitel forçait deux jeunes femmes à se déshabiller pour se masturber, Nicolas Cage oblige un jeune homme à le regarder coucher avec sa petite amie.

Le décor a changé, c’est dans une Louisiane sensuelle et poisseuse comme un roman de James Lee Burke qu’évolue ce policier mauvais qui enquête sur le meurtre d’une famille de Sénégalais et contamine tout ce qu’il touche : le jeune témoin du meurtre, ses collègues policiers, sa petite amie (Eva Mendes, qui déroule à merveille son personnage de vamp). Mais c’est surtout le changement de personnage qui détonne, avec un exceptionnel Nicolas Cage, Alléluia, camé jusqu’aux yeux, voyant l’âme de ses victimes danser, les iguanes et les alligators parler, capable d’envoûter tous ceux qui l’approchent, comme sa pauvre fiancée à laquelle il raconte merveilleusement ses rêves d’enfant pour la rassurer.

“Where were you”, “où étais-tu” (sous entendu pendant que je péchais) demandait Harvey Keitel au Christ dans le film de Ferrara. Il n’y a plus de Dieu dans le film de Herzog, juste sa colère (“der zorn Göttes”, “la colère de Dieu” disait Klaus Kinski à la fin d’Aguirre), et des hommes damnés pour avoir voulu sauver la vie à l’un d’entre eux menacé de mort par l’Ouragan Katrina, un pauvre immigré latino que ce geste a à peine sorti de l’enfer. “A quelle drogue carburent ceux qui font bouger le monde ?” semble demander le cinéaste allemand : l’alcool, le sexe, l’argent, le pouvoir, la renommée ?

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