The ghost writer : cachez ce Polanski que l’on ne saurait voir

The Ghost-Writer

Voici un homme que le critique vedette du New York Times, A. O. Scott, qualifie d’infâme (infamous), et que la majeure partie du cinéma français a défendu lorsqu’il a été arrêté alors qu’il se rendait à un festival de cinéma en Suisse, pour le viol d’une jeune fille aux Etats-Unis qui n’a toujours pas trouvé d’issue judiciaire.

Il est difficile d’aborder cette histoire sans sombrer dans la guerre du mieux-disant en matière de morale que se livrent régulièrement la France et les Etats-Unis. Et il est tout simplement impossible de ne pas voir dans The ghost writer sinon une prémonition de ce qui allait arriver au cinéaste qui l’a tourné avant son arrestation, du moins une nouvelle lumière sur le mode de pensée de ce grand cinéaste polonais et français (l’influence de Chinatown et Rosemary’s baby est considérable sur le cinéma contemporain) dont la paranoïa, thème central de son oeuvre depuis son premier film et chef-d’oeuvre Un couteau dans l’eau, n’a cessé de croître au fil de son existence tumultueuse.

Ewan McGregor y joue le nègre (ghost writer) des mémoires d’un ex-premier ministre britannique, Adam Lang, à la béatitude blairienne, chargé de remplacer son prédécesseur retrouvé mort dans des circonstances mystérieuses. L’écrivain raté rejoint l’île américaine (le film ayant été tourné dans une île située au nord de l’Allemagne) où vit reclus l’homme politique depuis qu’il est accusé de crime de guerre en Irak par les Britanniques. La situation se complique rapidement : Ewan McGregor est pris à parti par les militants anti-Adam Lang, découvre que le nègre a probablement été assassiné, que la CIA rôde, etc.

Les mauvais livres politiques qui encombrent les librairies des gares peuvent devenir de très bons films, comme on l’a vu avec les polars graveleux de Robert Ludlum transformés en la glorieuse trilogie Jason Bourne (Matt Damon bien sûr), le grand oeuvre de notre époque sur la transformation des humains en code barre. The ghost writer, plus classique, nous sert un plat d’une élégance britannique avec une superbe musique d’Alexandre Desplat, dirait Michaël Papon, éclairé par le talentueux Pawel Edelman (Le pianiste, Katyn), où un cinéaste attaqué sur sa moralité se défend en offrant un miroir à ceux qui ont utilisé un vocabulaire sorti de chansons pour adolescents afin d’attaquer l’Irak et d’humilier le monde musulman. Une manière de conseiller à chacun de balayer devant sa porte bien sûr, mais aussi de rappeler qu’un bon cinéaste est en guerre contre les rapports de force les plus violents de son époque.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *