Shutter Island de Scorsese : Tu n’oublieras point

Shutter Island

Le onzième commandement de la Bible, “Tu n’oublieras point”, a été découvert par une équipe d’architectes anglais à Palmyre, en Syrie, en 1914, lorsqu’un XXe siècle pacifique était encore possible. Le roman Shutter Island est l’une des grandes oeuvres sur la manière dont notre civilisation s’est construite sur l’interdiction d’oublier.

Les admirateurs du roman de Dennis Lehane attendaient Martin Scorsese au tournant avec son adaptation de ce grand roman noir paranoïaque d’une époque où le complot est devenu un mode de pensée qui s’exprime librement sur les ondes des radios et des télévisions. Voici donc l’histoire de Teddy Daniel (l’homme qui meurt après avoir découvert l’amour et le sens de la vie, Leonardo Di Caprio), “US Marshal” venu enquêter dans un hôpital psychiatrique pour patients dangereux, sur une île au large de Boston, au sujet de la disparition mystérieuse d’une patiente.

Nous ne livrerons pas ici la clé de l’énigme, mais nous ne trahirons rien en disant que c’est bien de mémoire dont il s’agit ici : impossibilité pour ce jeune homme d’oublier alors qu’il était soldat la libération du camp de concentration de Dachau en Allemagne et la mort de sa femme, ou pour les patients d’oublier leur crime.

Puisqu’il est question de souvenir, c’est aussi la jeunesse de Scorsese qui est conviée ici, les films à petit budget dont le souci esthétique menèrent le gamin maladif de Little Italy vers sa vocation : l’horreur suggérée comme dans les films de Jacques Tourneur, La griffe du passé et La nuit du démon, la paranoïa de l’Amérique dans les yeux d’un journaliste enquêtant dans un hôpital psychiatrique dans Shock Corridor de Samuel Fuller qui participa à la libération des camps de concentration (expérience racontée dans son film Au-delà de la gloire), les voies tortueuses du transfert amoureux dans Sueurs froides de Hitchcock, dont Shutter island reprend l’esthétique.

Shutter island est finalement de ces films dont on sait qu’ils vous qu’ils vous connaissent intimement à partir du moment où ils vous murmurent à l’oreille : Frère, quelle forme tes souvenirs vont-ils imprimer dans ton imaginaire ?

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