Mother de Bong Joon-Ho : l’ère du complot

Mother

On entrevoit en quelques films quel grand thème se dessine pour les années à venir, cette théorie du complot qui a pris la place du soupçon comme mode de pensée. En quelques semaines, le film hong-kongais Accident de Soi Chean, le film américain Shutter Island de Scorsese, avec Leonardo di Caprio (sortie en février), et aujourd’hui le film sud-coréen Mother de Bong Joon-Ho, plongent au coeur de cette manie consistant à remettre en cause la nature de l’accident de telle star, l’identité de l’agresseur dans un conflit, ou le nombre de ses victimes, pour développer sa petite théorie secrète et forcément incomprise.

Mother est l’histoire d’une femme prête à tout pour sauver son pauvre fils attardé mental accusé du meurtre d’une écolière, dans le dernier film d’un des plus grands cinéastes contemporains, le sud-coréen Bong Joon-Ho, qui s’attaque à toutes les peurs de son pays en “tuant” le thème du tueur en série dans Memories of murder et en filmant un monstre imaginaire à l’assaut de Séoul dans The Host (13 millions d’entrée dans son pays, plus un certain nombre en Asie de l’est où le cinéma sud-coréen grignote les parts de marché du cinéma américain).

Le génie de Bong Joon-Ho s’exprime dans sa science du cadre qui réussit à synthétiser dans chaque plan l’information et l’émotion dont le spectateur a besoin pour vibrer avec son film. Voilà donc cette pauvre mère qui s’acharne à réunir les preuves qui permettraient d’innocenter son fils, quitte à s’introduire chez l’ami louche de celui-ci, où elle est obligée de se cacher dans un placard pendant qu’il fait l’amour.

Bong Joon-Ho filme le complot comme la variante moderne de l’amour, où tout l’univers prend la forme de la petite théorie que l’on échafaude : un acte amoureux ressemble à un viol s’il est commis par le suspect, un ferrailleur à un assassin s’il vit seul et dans un désordre indescriptible, etc. Nous ne dévoilerons pas ce qui se cache au bout du soupçon, mais nous ne dirons jamais assez notre admiration pour ce cinéaste moderne, précis et indépendant qu’est Bong Joon-Ho, qui filme des tueurs en série (Memories of murder), des monstres (The host) et des tueurs qui nous ressemblent et nous dévisagent.

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