Bilan cinéma 2009 : bonjour les fantômes !

Un prophète

Nous sommes 6 milliards d’êtres humains, sans compter les fantômes qui ont fait leur retour en force cette année, même dans un pays aussi rationaliste que la France. On y a vu, Oh, bien des choses en somme, une petite frappe converser avec l’homme qu’il tua en prison pour plaire à la mafia corse (Un prophète, photo), ou un lyonnais amateur de polars s’exiler outre-atlantique pour réaliser son meilleur film depuis longtemps, d’après James Lee Burke, l’histoire d’un justicier cajun (Tommy Lee Jones) en train de converser avec un officier sudiste (Dans la brume électrique).

Il n’est pas si fréquent de voir un fantôme, mais chaque pays traîne ses petits fantômes comme un boulet, l’Allemagne qui n’en finit pas de retrouver son passé nazi, quitte à éliminer Hitler pour de bon (Inglourious Basterds) ou à tenter de comprendre comment une société autoritaire et hypocrite a pu donner naissance au nazisme (Le ruban blanc). L’Italie n’a pas non plus trouvé le repos avec l’éternel retour de son Duce, pathétique comédien socialiste râté dans Vincere de Marco Bellochio.

Et puis il reste tous nos petits fantômes qui nous écrasent ou nous soulèvent. On a vu un jeune israélien rongé par la culpabilité pour avoir tué des policiers palestiniens au cours d’une mission de représailles (Z32), un Algérien envoyé en mission de topographie dans un Algéco habité par un prédécesseur tué par des islamistes (Inland), une mère japonaise débordée hantée par l’image de son fils envoyé en Irak (Tokyo Sonata), un Palestinien reconstruire avec tendresse le parcours de son père humaniste (Le temps qu’il reste), une bourgeoise argentine hantée à l’idée d’avoir écrasé un enfant (La femme sans tête), un couple se désagréger après la mort de son fils (Antichrist), et puis tout en haut, un cinéaste âgé de plus de 80 ans rongé par la culpabilité a filmé un documentaire comme un poème à la gloire de la femme aimée de sa jeunesse, la comédienne Irène Tunc, ex-Miss France décédée dans un accident de voiture (Irène). Alain Cavalier a compris, comme écrivait le poète Eugène guillevic, qu’une “morte, soulevée, peut devenir soleil”.

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