The Wire/Sur écoute : du XXIe siècle à l’éternité

Sur écoute

Un jour, on étudiera les 60 épisodes de The wire (Sur écoute en français) comme aujourd’hui on lit Shakespeare, en y trouvant l’expression la plus achevée et la plus poétique des rapports de force d’une époque.

La série policière produite par la chaine HBO de 2002 à 2008, qui suit le travail d’une cellule chargée d’enquêter sur les homicides à Baltimore (Maryland, entre Washington et Philadelphie), présente la démocratie américaine comme un système dans lequel le pouvoir ne dépend plus des urnes, mais du rapport de force entretenu par des lobbys concurrentiels : la drogue pour les pauvres (Saison 1), les syndicats pour les ouvriers (Saison 2), la politique pour les riches (Saison 3), l’école en banlieue pour extraire les meilleurs éléments de la violence et préserver l’égalité républicaine (Saison 4), ainsi que le journalisme pour maintenir, malgré la précarité du métier, la liberté d’expression, sans laquelle tout le système s’écroulerait (Saison 5).

La série s’est arrêtée brutalement au cours de la cinquième saison faute d’avoir réuni une audience suffisante autour de ces épisodes qui manient des usages rares à la télévision : sens de l’ellipse, résolution déceptive, versatilité des héros, etc. Il est suffisamment rare que la télévision parle à ses spectateurs comme à des adultes pour saluer cette série ultra-moderne, qui articule presque chaque épisode autour des sujets majeurs qui se posent aux démocraties occidentales : la diversité ethnique et sexuelle, l’émergence de ghettos cloisonnés, la chute des dépenses publiques et la course aux chiffres pour contenter les électeurs, etc.

L’une des récompenses majeures obtenues par la série provient des louanges du Président Obama qui a exprimé son admiration pour le personnage d’Omar, un noir homosexuel Robin des bois qui vole la drogue des dealers pour la détruire ou l’offrir aux camés de son quartier. Un peu comme si Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal trouvaient fascinants les personnages de Louis Garrel dans Les chansons d’amour et Tahar Rahim dans Un prophète. Dans cinq cents ans, la planète regardera The wire pour comprendre à partir de quand les Noirs et les métisses ont été représentés dans la peau de sénateurs, préfets, journalistes, policiers, etc., et oubliera une bonne partie de la production française incapable de voir à quelle vitesse le monde se transformait.

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